Souvent présentée comme une personnalité instinctive, guidée par l’émotion plus que par la doctrine, Brigitte Bardot continue de susciter interrogations et controverses. Une enquête récente permet de porter un regard renouvelé sur ses prises de position les plus radicales, en mettant en lumière le rôle de son milieu familial et culturel, et notamment le contenu de la bibliothèque parentale.
Une origine bourgeoise homogène et autoritaire
Née dans une famille de haute bourgeoisie industrielle parisienne, installée dans le XVIᵉ arrondissement, Brigitte Bardot a grandi dans un environnement conservateur, catholique pratiquant et socialement très homogène. Selon la Revue française de généalogie, la lignée Bardot présente une continuité sociologique marquée, caractéristique de certains milieux bourgeois fermés. L’actrice a elle-même évoqué une éducation sévère, empreinte d’autorité, qu’elle n’a jamais totalement reniée.
Une trajectoire politique longtemps ambivalente
Contrairement à l’image figée d’une figure d’extrême droite, la jeunesse de Brigitte Bardot révèle une trajectoire politique plus nuancée. Dans les années 1960 et 1970, elle dénonce les violences de l’OAS, cache Antoine Bourseiller, proche du FLN, réclame la légalisation de l’avortement avant 1975 et s’engage contre la peine de mort. Elle affirme juger les responsables politiques principalement à l’aune de leur engagement pour la cause animale.
Le tournant des années 1990
C’est à partir des années 1990, notamment après son mariage avec Bernard d’Ormale, ancien proche de Jean-Marie Le Pen, que Brigitte Bardot adopte des positions ouvertement d’extrême droite. Ses écrits, dont Un cri dans le silence publié en 2003, contiennent des propos racistes et stigmatisants qui lui vaudront plusieurs condamnations judiciaires et une dégradation durable de son image publique.
La bibliothèque familiale comme indice révélateur
L’enquête s’appuie sur des révélations issues de l’ouvrage Ma réponse à Brigitte Bardot de Jacques Charrier, second mari de l’actrice. Celui-ci indique que le principal héritage transmis à leur fils Nicolas après le décès d’Anne-Marie Bardot consistait en une bibliothèque familiale comprenant des ouvrages consacrés à Goebbels et Göring, un exemplaire de Mein Kampf dédicacé par Adolf Hitler, des livres de Joseph Arthur de Gobineau et des œuvres du collaborationniste Drieu La Rochelle.
Les auteurs soulignent que la possession d’un tel ensemble, et plus encore d’un Mein Kampf dédicacé, est exceptionnelle dans un cadre familial bourgeois français, en dehors de cercles militants d’extrême droite, collaborationnistes ou universitaires spécialisés.
Transmission idéologique : une hypothèse prudente
Sans affirmer que Brigitte Bardot ait lu ces ouvrages ou adopté consciemment les idées qu’ils véhiculent, l’article suggère que leur présence constitue un marqueur culturel et idéologique fort. Elle invite à considérer que certaines représentations du monde étaient déjà présentes dans l’univers familial, bien avant la radicalisation publique de l’ancienne icône du cinéma français.
Sources :
– Marie-Estelle Pech, « Hitler, Gobineau, Goebbels, Drieu : plongée dans la bibliothèque identitaire de la famille Bardot », article publié le 31 décembre 2025.
– Revue française de généalogie.
– Jacques Charrier, Ma réponse à Brigitte Bardot, 1997.




