Un budget 2026 en nette diminution
Le budget 2026 de la mission « Outre‑mer » marque une baisse significative, notamment en autorisations d’engagement (AE). Fixés à environ 2,9 milliards d’euros en AE et 2,8 milliards en crédits de paiement (CP), les crédits enregistrent une réduction allant de 18 à 21 % pour les AE et de 5 % pour les CP par rapport à 2025. La mission perd ainsi près de 600 millions d’euros d’AE et 150 millions de CP. La diminution affecte surtout la capacité de l’État à programmer de nouvelles politiques publiques, les CP étant absorbés par le règlement des engagements antérieurs.
Coupes dans les dispositifs de soutien économique
Le projet de loi de finances prévoyait également de fortes réductions dans les dispositifs économiques structurants : environ 350 millions d’euros sur les exonérations de charges sociales (Lodeom) et près de 400 millions sur les mécanismes de défiscalisation de l’investissement productif. Ces coupes, qualifiées de « casse sociale » ou de « recul stratégique » par divers acteurs économiques, ont suscité une opposition politique importante. Certaines réductions ont été partiellement corrigées en séance, mais l’impact global demeure conséquent.
Des programmes internes fortement touchés
Au sein de la mission, le programme 123 « Conditions de vie outre‑mer » subit une baisse des AE comprise entre 20 % et 26 %, tandis que ses CP augmentent de 18 à 22 % pour honorer les engagements passés. Cette dynamique réduit la capacité d’ouvrir de nouveaux projets, un phénomène accentué dans plusieurs secteurs, dont le logement, les infrastructures locales et les interventions sociales.
Aide au fret : un dispositif sous tension
Les aides au fret, essentielles pour compenser les surcoûts logistiques inhérents aux économies ultramarines, sont également impactées. Regroupées dans le programme 138 « Emploi outre‑mer », elles financent le transport de marchandises, d’intrants ou de produits industriels. Déjà diminuée en 2025, l’enveloppe subit à nouveau une baisse en 2026. Des amendements parlementaires ont tenté d’ajouter 10 millions d’euros dédiés au fret maritime, mais ces ajustements ne compensent pas la réduction structurelle de l’enveloppe.
Conséquences économiques pour les entreprises et les ménages
La contraction des crédits alloués au soutien économique intervient dans un contexte de forte hausse des coûts de transport. Sans compensation suffisante, la flambée du fret risque de se répercuter sur les prix à la consommation. Les entreprises industrielles, agroalimentaires ou exportatrices voient leur compétitivité fragilisée, tandis que les ménages ultramarins, déjà confrontés à un niveau élevé de vie chère, pourraient subir de nouvelles augmentations de prix.
Effet cumulé des baisses : un choc systémique
La réduction simultanée des exonérations de charges, de la défiscalisation et des aides au fret crée un effet cumulatif redouté : hausse du coût du travail, renchérissement des investissements, augmentation des coûts logistiques. L’ensemble risque de peser sur l’emploi, l’attractivité économique et la capacité d’investissement des acteurs privés.
Absence de répartition officielle par territoire
Bien que le dispositif national d’aide au fret soit encadré par le régime SA.108965 – doté d’une enveloppe annuelle d’environ 23,36 millions d’euros –, aucun document public ne ventile la répartition par département ou région ultramarine. Les données disponibles indiquent toutefois que les territoires les plus dépendants des importations et les plus fragiles socialement, notamment la Guyane et Mayotte, seraient les plus exposés aux effets de la baisse budgétaire.
Un débat national sur la cohésion territoriale
La trajectoire budgétaire 2026 ouvre un débat de fond sur les priorités de l’État en matière de cohésion territoriale. Dans un contexte d’inflation persistante et de tensions sociales croissantes, la réduction des crédits de la mission « Outre‑mer » interroge la capacité de l’État à accompagner durablement les territoires ultramarins face à leurs contraintes structurelles. JPB




