L’arrestation éclair, le samedi 3 janvier 2026, du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines à Caracas, suivie de son transfert à New York, a mis en évidence une fracture profonde de l’ordre international. D’un côté, une conception extraterritoriale de l’État de droit, revendiquée par Washington ; de l’autre, les principes fondamentaux de souveraineté et de non-agression, consacrés par la Charte de l’Organisation des Nations unies.
L’heure est grave.
La justification avancée pour la capture du président vénézuélien a été vivement contestée par plusieurs intervenants sur la scène internationale. La question posée n’est pas celle de la nature du régime vénézuélien, mais bien celle-ci : un État a-t-il le droit, par la force, la coercition ou la suffocation économique, de déterminer l’avenir politique d’un autre État souverain, ou de prendre le contrôle de ses affaires internes ?
La Russie a, elle aussi, dénoncé une application sélective du droit international. « Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de la sélectivité et de l’irresponsabilité de certains dans le respect du droit international », a déclaré son représentant permanent, Vassily A. Nebenzia, appelant à une évaluation impartiale de l’attaque et mettant en garde contre la logique du deux poids, deux mesures.
Dans un registre plus radical, Cuba a dénoncé une agression impérialiste visant, selon La Havane, à modifier par la force l’ordre constitutionnel du Venezuela. Son représentant permanent, Ernesto Guzmán, a accusé Washington de poursuivre un objectif de domination fondé sur la doctrine de la « paix par la force ». Il a également indiqué que 32 ressortissants cubains avaient été tués le 3 janvier alors qu’ils effectuaient des missions pour le compte des forces armées révolutionnaires.
De son côté, le Secrétaire général de l’ONU a averti que les actions militaires américaines au Venezuela constituent un dangereux précédent. Même si Nicolás Maduro exerçait, selon ses termes, « un très mauvais gouvernement », les États-Unis n’avaient aucun droit de l’extraire par la force de ses fonctions pour l’incarcérer à Brooklyn et le traduire devant une juridiction américaine.
Deux jours plus tard, le président vénézuélien déchu comparaissait devant un tribunal fédéral du sud de Manhattan, tandis que le Venezuela restait sous le choc. Aux États-Unis, les démocrates se disaient furieux de l’audace d’une opération menée par une administration dirigée par un président jugé, par ses opposants, aussi imprudent que le dirigeant qu’il prétendait sanctionner.
Cet acte n’en est qu’à ses débuts. Attendons le déroulement de cette affaire qui, à mon sens, manque singulièrement de dignité, de respect et d’honnêteté, tant sur le plan juridique que moral.
Juliette Labonne Hollant
6 janvier 2026




