La capture de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines marque un tournant brutal. Un chef d’État arrêté sans mandat international, sans coalition, sans cadre multilatéral : l’usage unilatéral de la force redevient un langage politique assumé. L’événement dépasse largement le Venezuela et signale une rupture dans les règles implicites qui structuraient encore les relations internationales.
Washington agit dans ce qu’il considère toujours comme son arrière-cour latino-américaine, renouant avec une logique de domination hémisphérique. Mais l’onde de choc est globale. Elle atteint directement Pékin et, au-delà, tous les États exposés à la pression des grandes puissances.
Pour la Chine, le choc est stratégique. Le Venezuela était un pilier de sa présence en Amérique latine, avec plus de 60 milliards de dollars investis en pétrole, infrastructures et financements. Officiellement, Pékin condamne une violation du droit international. Mais l’essentiel se joue ailleurs.
Sur les réseaux sociaux chinois, une idée s’impose : Caracas comme précédent. Non pas un cas isolé, mais un scénario reproductible. La question n’est ni morale ni juridique. Elle est opérationnelle. Si une grande puissance peut capturer un dirigeant dans sa zone d’influence sans en payer le prix, pourquoi une autre ne le pourrait-elle pas ?
Dans cet imaginaire stratégique, Caracas devient un laboratoire. Taïwan, au cœur de la psychologie politique chinoise, est perçue comme une province rebelle à réunifier. Jusqu’ici, Pékin s’était retenu de franchir le seuil de l’action directe, jugée trop risquée. L’opération américaine ne change pas l’équilibre militaire en Asie-Pacifique, mais elle change les représentations : violer une souveraineté peut devenir politiquement acceptable.
À Taipei, la comparaison est rejetée. Mais le basculement est ailleurs. Ce qui relevait hier de l’exception devient pensable. La force se banalise comme option politique.
Caracas aujourd’hui, Taïwan demain : le simple fait que la question se pose constitue déjà une rupture géopolitique majeure.
Jean-Paul BLOIS
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