Une étude géologique indépendante remet en question les affirmations du gouvernement et des promoteurs concernant la pertinence du site de Deux Branches comme source de matériaux de construction pour la nouvelle piste de l’aéroport international de Dominique. Les conclusions, publiées par la campagne « Sauvons Deux Branches », contredisent les déclarations répétées du gouvernement selon lesquelles le site offre des matériaux de la plus haute qualité, soulevant d’importantes questions de sécurité, de transparence et de justification du choix de ce site précis.
Un communiqué de presse indiquait que l’étude, menée en décembre 2025 par le professeur Simon Mitchell, expert en géologie sédimentaire à l’Université des Antilles, avait été commandée par la campagne pour examiner l’intégrité géologique de Deux Branches.
Qu’a révélé l’étude ?
D’après le professeur Mitchell, le site présente un mélange de deux types de roches totalement différents. Habituellement, pour l’exploitation de carrières, les géologues privilégient une géologie uniforme afin de garantir la sécurité et la qualité des matériaux extraits. Or, le site de Deux Branches présente une variabilité importante.
Une grande partie de la roche a subi une altération hydrothermale, un processus provoqué par des fluides volcaniques chauds souterrains, ce qui fragilise le matériau. De plus, le climat tropical de la Dominique accentue cette détérioration. La présence de minéraux sulfurés de couleur dorée dans l’ensemble des roches indique une contamination métallique, ce qui pose problème pour les matériaux destinés à la construction d’aéroports, où la pureté et la résistance sont essentielles, comme l’indique le communiqué.
L’étude confirme notamment la présence de cuivre à Deux Branches. Ce constat est d’autant plus important que le site coïncide avec la zone où BHP, une grande compagnie minière, avait proposé des activités d’exploration de cuivre dès 1996, affirme le groupe.
Cette proposition s’est heurtée à une vive opposition de la part d’une large coalition de syndicats, de groupes autochtones, d’organisations religieuses et d’entreprises locales, qui ont exprimé des inquiétudes quant aux répercussions environnementales et économiques (Harris-Charles et Pemberton, 2007).
Aujourd’hui, près de trente ans plus tard, le rapport suggère que des activités destructrices ont déjà commencé à cet endroit précis.
L’étude s’interroge également sur la conformité des matériaux provenant de Deux Branches aux normes de sécurité internationales. Elle souligne que des procédures rigoureuses de tests et de certification sont généralement requises pour les matériaux destinés aux aéroports, mais que ces tests appropriés « n’ont été effectués sur aucun des matériaux extraits des différentes carrières de la Dominique ».
De plus, l’association Save Deux Branches affirme qu’aucun résultat d’analyse n’a été communiqué aux communautés locales touchées par le projet. À l’inverse, d’autres carrières, comme Crapaud Hall et celles de la côte ouest, ont produit des roches plus propres et plus homogènes, sans aucune trace de contamination – un facteur important qui semble faire défaut à Deux Branches.
La conclusion du professeur Mitchell est la suivante : « Il est difficile de croire que le choix du site pour la “carrière” de Deux Branches soit dû au hasard, étant donné sa correspondance avec une anomalie de cuivre connue. »
On peut donc en déduire que cela soulève de sérieuses questions quant à la justification donnée par le gouvernement aux importants dommages environnementaux causés à Deux Branches.
Le collectif Save Deux Branches affirme exiger une transparence totale et exhorte les autorités à publier toute la documentation pertinente, y compris les propositions de site, les études géotechniques et l’évaluation d’impact environnemental et social, puisque ces documents sont obligatoires légalement.
« Le peuple de la Dominique mérite des réponses », souligne le communiqué.
Synthèse du rapport
Reconnaissance géologique de la zone de Deux Branches (Dominique)
Synthèse et analyse du rapport Simon F. Mitchell (2025)
1. Objet du rapport
Le rapport analyse la géologie de la zone de Deux Branches (Dominique), où un projet de carrière est envisagé à proximité d’une réserve forestière et de la communauté Kalinago.
Il vise à :
– Décrire les types de roches présents
– Examiner leur potentiel économique (notamment en cuivre)
– Évaluer leur pertinence comme matériau de carrière (agrégats pour piste d’aéroport)
– Décrire les types de roches présents
– Examiner leur potentiel économique (notamment en cuivre)
– Évaluer leur pertinence comme matériau de carrière (agrégats pour piste d’aéroport)
2. Résumé simplifié
Les roches datent de 1,8 à 6,8 millions d’années.
Deux grands types sont présents :
• Basaltes (foncés) → sans minéralisation métallique notable.
• Andésites (plus claires) → altérées, contenant des minéraux sulfurés dorés (principalement pyrite).
Les analyses de surface indiquent :
• Cuivre jusqu’à 200 ppm (0,02 %)
• Forages anciens auraient révélé jusqu’à 2 % de cuivre.
Les minéralisations observées en surface sont dominées par la pyrite, sans valeur économique directe.
La variabilité géologique pose question pour une utilisation comme agrégats homogènes destinés à une piste d’aéroport internationale.
• Cuivre jusqu’à 200 ppm (0,02 %)
• Forages anciens auraient révélé jusqu’à 2 % de cuivre.
3. Contexte géologique
Dominique est une île volcanique structurée en quatre divisions stratigraphiques :
Division 1 (6,8–5,2 Ma) : Roches mafiques (basaltes)
Division 2 (3,7–1,8 Ma) : Stratovolcans
Division 3 (2,3–1,1 Ma) : Quiescence volcanique
Division 4 (1,1 Ma – récent) : Activité volcanique récente et dépôts coralliens
Deux Branches se situe à la frontière des divisions 1 et 2.
Division 2 (3,7–1,8 Ma) : Stratovolcans
Division 3 (2,3–1,1 Ma) : Quiescence volcanique
Division 4 (1,1 Ma – récent) : Activité volcanique récente et dépôts coralliens
4. Historique des recherches minières
1960–1990 : Détection d’anomalies géochimiques (Cu, Pb, Zn). Zone identifiée comme anomalie cuivre (>200 ppm). Forages jusqu’à 550 m de profondeur.
1996 : BHP obtient un permis d’exploration (93 km²). Forte opposition nationale. Abandon du projet.
5. Résultats des analyses 2025
Roches identifiées :
• Basaltes dominants
• Andésites altérées avec pyrite
• Dacites sans minéralisation
Analyses XRF :
• Cuivre max : 171 ppm
• Fer jusqu’à 44 000 ppm (présence dominante de pyrite)
• Détection d’antimoine, étain, cadmium, argent, zinc, cobalt
Les résultats confirment une anomalie en surface, mais à faible teneur.
• Cuivre max : 171 ppm
• Fer jusqu’à 44 000 ppm (présence dominante de pyrite)
• Détection d’antimoine, étain, cadmium, argent, zinc, cobalt
6. Discussion critique
La zone correspond à une anomalie cuivre historiquement identifiée.
Présence de minéralisation sulfurée suggérant un possible système porphyrique en profondeur.
Géologie hétérogène peu compatible avec une carrière homogène de haute qualité.
Distinction importante :
• Mine → extraction de métaux
• Carrière → matériaux de construction
La configuration du site soulève des interrogations sur sa finalité réelle.
• Mine → extraction de métaux
• Carrière → matériaux de construction




