Le projet Caribsan avance à grand pas. Une délégation caribéenne est venue visiter jeudi matin un modèle du genre. Une station d’épuration à filtres végétaux à Saint-Joseph. Ici, ce sont des oiseaux de paradis qui filtrent les eaux usées des 900 résidents de la cité la Chapelle.
Dans la cité La Chapelle à Saint-Joseph, un champ d’oiseaux du paradis s’étend au pied des immeubles. Une vue champêtre certes, mais plutôt commune. Un jardin aménagé pour les habitants d’une cité est chose courante. Mais à y regarder de plus près, ce jardin n’a rien de commun, c’est un jardin extraordinaire. Les oiseaux de paradis ont des propriétés filtrantes. L’Inrae, l’ODE, Cotram et Ozanam l’ont bien compris. La vieille station d’assainissement de la cité n’existe plus. La structure dysfonctionnelle laissait émaner des nuisances olfactives et ne traitait pas les eaux usées. Depuis donc cinq ans, le désuet système d’assainissement a laissé place à une station d’épuration à filtres végétaux financée par l’Office de l’eau, l’Office français de la biodiversité et l’Europe. Le système est rustique et par conséquent avantageux à entretenir. La proximité de la rivière Blanche resserre les limites de traitement qui sont très élevées concernant la propreté de l’eau à rejeter. Le modèle est un succès. Et le système s’exporte. Des délégations dominiquaise, saint-lucienne et cubaine sont venues visiter la station d’épuration de la Chapelle, ce jeudi matin.

Kimani Saint Jean, en charge de la communication de l’Office des eaux à la Dominique ne cache pas son enthousiasme. « Nous avons hâte de répliquer le système dans notre pays. Nous éprouvons des difficultés plus spécifiquement dans les zones rurales. Sur le site où nous installerons le projet pilote, nous connaissons des difficultés avec le traitement des eaux usées. Nous y voyons l’opportunité de traiter les eaux usées naturellement et de résoudre ce problème pour cette population. Nous espérons pouvoir faire de même pour d’autres populations à la Dominique. Le coût initial est important mais il sera amorti sur le long terme. » Le seul désavantage que Kimani Saint-Jean observe est l’espace nécessaire à l’installation d’une station d’épuration à filtres végétaux par rapport au traditionnel système sceptique. La question du foncier peut se poser. En effet, 1m2 par personne est nécessaire pour la station d’épuration à filtres végétaux. « Mais quand on voit les effets sur la préservation de l’environnement, la protection des eaux souterraines, le principe est plus durable et sur le long terme, ce sera plus rentable. » La Dominique en est à la phase 2 de son plan de construction de la station. Elle sera érigée à l’est de l’île à La Plaine dans des logements sociaux hébergeant 132 personnes.
Wasco, l’office de l’eau à Sainte-Lucie est en profonde mutation. Tovah Gibson, chargée de communication l’explique : « Le projet Caribsan est plus que bienvenu à Sainte-Lucie. Wasco tente d’introduire davantage de biodiversité et change son travail d’ingénierie dans la région. L’entreprise prend un virage éco responsable. Nous voulons encourager la population rejoindre le mouvement. Nous essayons de nouvelles technologies pour dupliquer ce projet Caribsan qui est en train de se construire à Blackbay. L’avantage esthétique d’une telle station est indéniable. » Wasco fournit le traitement des eaux usées à 10% de la population du territoire saint-lucien. « Nous essayons d’étendre notre rayon d’action. »

Amauri De La Peña Matos, directeur technique de recherche de ressource hydraulique de la Havane explique aussi comme la Dominique et Sainte-Lucie avoir retenu son site de construction à Pogolotti. « Nous avons déjà fait les études nécessaires. Nous n’attendons que la construction. » Le directeur technique indique que Cuba compte déjà mettre en place d’autres stations similaires à plus petite et moyenne échelle. « Notre objectif est d’intégrer l’université afin qu’ils fassent des études et se spécialisent dans la matière. »

Stéphanie Prost-Boucle, ingénieur d’études à l’Inrae explique qu’il y a plus de 6000 stations de ce type en France hexagonale plantées de roseaux. Il s’exporte dans la Caraïbe et à l’étranger, au Liban ou en Inde. Les stations s’adaptent à l’écosystème local : plantes filtrantes, usage de l’eau, population, énergie disponible.
L’ODE Martinique est le chef de file du projet Caribsan. Ce projet tire son histoire depuis le milieu des années 2010. « Nous avons en partenariat avec l’ODE Guadeloupe et l’Inrae développer une étude pour faire des choix de plantes », explique Michéla Adin directrice générale ODE. Plus d’une trentaine de plantes ont été testées : le choix s’est porté sur l’oiseau de paradis. « Ainsi est née cette idée de pouvoir construire de stations exemplaires pour ensuite coopérer avec nos amis de la Caraïbe et transférer ces techniques. » La station est particulièrement robuste aux aléas climatiques que l’on retrouve dans la Caraïbe. « La structure est financièrement et énergétiquement économique. Nos résultats sont très probants car la qualité des rejets est pratiquement similaire aux stations classiques. » En plus du site de la Chapelle à Saint-Joseph, un autre est en fonctionnement au Diamant. La méthode est utilisée par des industriels à l’image de la distillerie JM.
Laurianne Nomel




