À la suite de la tribune publiée dans Antilla sur le « mythe du modèle économique antillais », Sandra Casanova, pour la Collectivité Territoriale de Martinique, a souhaité apporter une contribution au débat. Sans entrer dans une controverse idéologique, elle replace la réflexion économique dans un cadre plus large : celui des réalités structurelles d’une région ultrapériphérique, mais aussi des opportunités stratégiques offertes par la position géographique de la Martinique. Sa réponse propose un changement de focale : passer du débat abstrait sur les modèles à la construction concrète d’une stratégie territoriale, fondée sur des leviers opérationnels, logistiques et régionaux, capables de transformer les contraintes en facteurs de développement.
Les débats d’idées qui traversent la société martiniquaise, portés par des sensibilités diverses, sont utiles dès lors qu’ils nourrissent une réflexion collective tournée vers l’action. Le débat sur le « modèle économique » de la Martinique revient régulièrement dans l’espace public. Il est souvent abordé sous l’angle de la responsabilité collective, de la lucidité et de la nécessité de dépasser certaines représentations simplificatrices. Ce questionnement est légitime et contribue utilement à la réflexion. Pour autant, ce débat ne peut être pleinement fécond que s’il intègre l’ensemble des réalités structurelles propres au territoire, sans en isoler certaines au détriment des autres. La Martinique est une Région ultrapériphérique de l’Union européenne, marquée par l’insularité et par l’éloignement des principaux centres économiques du marché intérieur européen. Elle demeure, à ce titre, dépendante de chaînes logistiques longues et confrontée à des coûts unitaires structurellement élevés. Ces caractéristiques ne relèvent ni d’un récit idéologique ni d’une posture d’excuse : elles constituent des données objectives à partir desquelles doivent être conçues les politiques publiques. Mais cette réalité institutionnelle n’épuise pas la géographie économique du territoire. Située au cœur de l’Atlantique élargi, à proximité des grandes routes maritimes reliant l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Amérique latine et la Caraïbe, la Martinique dispose d’un positionnement stratégique qui fonde une lecture renouvelée de son rôle dans les échanges régionaux et internationaux. L’enjeu n’est donc pas de rechercher un « modèle » théorique, ni de nier l’économie de marché dans laquelle s’inscrit la Martinique, mais de définir une stratégie territoriale capable de transformer des contraintes reconnues en leviers de développement et de compétitivité. C’est dans cette perspective que s’inscrit le travail engagé par le Président du Conseil Exécutif et la majorité de la Collectivité Territoriale de Martinique autour de la stratégie logistique du territoire. Cette démarche vise à agir sur des déterminants concrets : organisation et sécurisation des flux, réduction des coûts logistiques, structuration de chaînes de valeur, conformité aux normes européennes et intégration régionale maîtrisée. L’évolution du positionnement régional de la Martinique, notamment à travers son statut de membre associé de la CARICOM, combinée aux accords de partenariat économique entre l’Union européenne et les États du CARIFORUM, crée un environnement nouveau. Celui-ci appelle non pas des postures idéologiques, mais des outils opérationnels permettant d’organiser les échanges, de renforcer la compétitivité et de capter localement la valeur créée. Zones franches douanières, ingénierie logistique, interopérabilité des systèmes d’information, coopération régionale structurée : ces leviers traduisent une approche pragmatique, orientée vers l’action et la responsabilité collective. Sortir des débats abstraits, ce n’est pas nier les contraintes. C’est choisir de les traiter par une stratégie claire, assumée et tournée vers l’efficacité. C’est à cette condition que le débat économique peut devenir un véritable levier de transformation pour la Martinique.
Sandra Casanova




