La reconnaissance des droits de l’enfant est une conquête récente à l’échelle mondiale, et encore plus lorsqu’on la replace dans l’histoire longue de la Martinique. Plus de trente ans après l’adoption de la Convention internationale des droits de l’enfant (1989), d’importants progrès ont été accomplis : accès aux soins, scolarisation, protection sociale. Pourtant, à l’échelle internationale comme locale, des enfants restent exposés à des vulnérabilités : pauvreté, inégalités sociales, violences intrafamiliales, discriminations.
Héritages historiques : l’enfant dans la société esclavagiste
Pendant plus de deux siècles, la plantation esclavagiste martiniquaise a façonné un système où les enfants naissaient légalement « esclaves » lorsqu’ils étaient issus d’une mère réduite en esclavage, conformément au Code noir (1685). Les enfants étaient considérés comme propriété, pouvaient être vendus séparément, et ne bénéficiaient d’aucun droit.
Le travail des enfants était courant : vers 8–10 ans, ils accomplissaient des tâches légères ; à partir de 12 ans, ils rejoignaient les ateliers agricoles. Aucun droit à l’éducation, aucune protection contre les violences, aucun droit au repos n’existait.
Après 1848 : une lente reconnaissance des enfants comme sujets sociaux
Après l’abolition de 1848, les conditions des enfants ne changent pas immédiatement. Beaucoup travaillent très tôt, notamment dans l’agriculture. Les lois limitant le travail des mineurs sont appliquées tardivement et inégalement dans les colonies.
L’école obligatoire n’est réellement effective qu’au XXᵉ siècle, lorsque les infrastructures se développent. La départementalisation de 1946 accélère la scolarisation et la mise en place des protections sociales.
Depuis la départementalisation : consolidation des droits de l’enfant
Avec 1946 puis la ratification de la CIDE en 1989, l’enfant devient un sujet de droit. En Martinique, cela se traduit par la généralisation de la scolarisation, l’accès aux soins, la structuration de l’aide sociale à l’enfance et un arsenal juridique protecteur.
Défis contemporains en Martinique
Malgré ces progrès, plusieurs vulnérabilités persistent :
– un taux de pauvreté élevé affectant directement les enfants,
– des violences intrafamiliales régulièrement signalées,
– des difficultés d’accès aux soins spécialisés (pédopsychiatrie, handicap),
– des inégalités territoriales d’accès aux services.
Une responsabilité collective
Garantir les droits des enfants en Martinique nécessite :
– de renforcer la lutte contre les violences,
– de réduire les inégalités socio-économiques,
– d’améliorer l’accès aux soins spécialisés,
– de soutenir les familles monoparentales,
– et de poursuivre les politiques de réussite éducative.
Les droits de l’enfant ne sont pas un acquis, mais un horizon à consolider.
Jean-Paul BLOIS



