Le vote unanime de l’Assemblée territoriale de Martinique en faveur de la création d’une autorité unique de l’eau et de l’assainissement a été qualifié d’ historique par certains. Mais il ne constitue dans la pratique qu’un point de départ. L’essentiel se joue désormais après la décision politique, dans sa traduction juridique et opérationnelle.
Ce vote acte l’échec du modèle fragmenté de gestion de l’eau, incapable d’assurer continuité et qualité du service. Il consacre l’eau comme un service vital, nécessitant une autorité lisible, responsable et durablement structurée. La réforme s’inscrit dans une logique de gouvernance unifiée, marque de maturité institutionnelle, mais aussi pari risqué.
Le premier verrou est juridique.
Le vote du 6 janvier 2026 est un acte politique sans effet juridique direct. La compétence eau et assainissement relève aujourd’hui des EPCI. Toute reprise par la CTM sans base légale claire et sans transferts formalisés exposerait la réforme à un risque contentieux majeur et à une atteinte au principe de libre administration.C’est sur cette ligne de crête que s’inscrit la position du maire de Saint-Joseph, Yan Monplaisir.
Oui à la réforme, mais non à la confusion des rôles. Selon lui, une autorité unique ne peut fonctionner sans gouvernance claire, équitable et impartiale. Il plaide pour une représentation proportionnelle des EPCI, une présidence tournante et une concertation réelle entre territoires, afin d’éviter toute recentralisation déguisée.La mise en œuvre sera l’épreuve décisive. Mutualiser les moyens humains, techniques et financiers suppose des transferts juridiquement sécurisés de compétences, de contrats, de patrimoines et de personnels. Toute précipitation fragiliserait la structure dès sa création.
Pendant ce temps, l’urgence est sociale.
Les usagers attendent de l’eau au robinet, pas une nouvelle architecture administrative. C’est dans l’écart entre le temps institutionnel et le quotidien vécu que se jouera l’acceptabilité de la réforme.L’autorité unique de l’eau devient ainsi un test politique majeur. Soit elle produit des résultats concrets et restaure la confiance. Soit elle s’ajoute à la liste des promesses non tenues. Gouverner l’eau en Martinique, ce n’est pas créer une institution. C’est tenir une promesse vitale.
Gérard Dorwling-Carter
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Eau et assainissement : l’unité votée, le travail commence
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