« Je veux que les choses changent à Fort-de-France »
Municipales 2026. Marie-Laurence Delor se jette dans la course à la mairie de Fort-de-France. Tête de liste, sans parti et élue dans l’opposition durant plusieurs années, la Foyalaise, professeur de philosophie, expose son programme qu’elle dit en rupture avec ce qui a été proposé ces douze dernières années.
Quelles sont les raisons qui ont motivé votre candidature ?
Je suis partie de deux constats : le premier est qu’après plus de 50 ans sans discontinuer aux affaires, le Parti au pouvoir à Fort-de-France a donné tout ce qu’il avait à donner et qu’il n’avait plus rien à donner. Le deuxième constat est la grande difficulté des partis politiques à sortir le pays de l’impasse. Je ne dis pas que les partis, c’est fini. C’est l’histoire qui nous le dira. Je conclus simplement qu’aujourd’hui seule la société civile, j’entends ainsi les associations non gouvernementales, et les petites et moyennes entreprises peuvent nous aider à sortir de l’impasse. Ce sont elles qui ont aujourd’hui les idées, des projets susceptibles de faire avancer notre pays. Les Foyalais attendent une offre qui va dans ce sens. Il faut souligner que ce sont les associations qui gèrent aujourd’hui au quotidien la ville de Fort-de-France, sans aide, sans accompagnement. Ce sont elles qui maintiennent le lien social fragilisé par la crise sociale, économique et sociétale. Voilà donc les principales raisons qui ont motivé ma candidature : j’ajoute que je suis foyalaise, j’aime ma ville et mes concitoyens : je veux que les choses changent à Fort de France.
La situation financière de Fort-de-France est au vert mais reste fragile, quelles sont les mesures qui permettront de pérenniser ce retour au vert ?
Tant que je n’aurai pas tous les comptes sous les yeux, tant que je n’aurai pas des informations fiables je ne saurais me prononcer sur l’état financier actuel de Fort-de-France. La politique financière et budgétaire d’une ville doit se fonder sur des informations très fiables et vérifiables. Je ne mets pas en doute la parole du maire actuel, je veux simplement la vérifier et partir sur des bases assurées. Par ailleurs aucune mesure ne sera prise sans un échange préalable avec les chefs de service et tous les salariés pour faire le bilan de ce qui a été mis en place ces douze dernières années dans le domaine des économies à faire et de l’anti-gaspillage.
Vous avez souligné les exactions commises en marge des marches contre la vie chère qui ont touché la ville de Fort-de-France.
Je n’ai cessé de le dire et de l’écrire et je le répète ici encore : les exactions commises n’étaient pas en marge mais au cœur de toute cette agitation d’une petite minorité radicalisée. Il n’y a qu’à visionner les vidéos. Je cite au hasard : « S’ils en tuent 1 nous en tuerons 10, s’ils en tuent 10, nous en tuerons 100… » ; ou encore : « On ne fait pas d’omelette sans casser les œufs… ». L’expression « en marge » fausse la perception des événements. Vous noterez d’ailleurs qu’il n’y a eu aucune – exception faite de un ou deux, condamnations publiques d’élus, aucune excuse publique, aucun regret exprimé pour toutes les victimes de ces exactions, ni de la part de collectivités qui avaient des raisons de porter plainte mais ne l’ont pas fait, ni de la part des responsables de ces agitations. Je l’ai dit et répété aussi toute cette mise en scène d’émeute soit disant populaire servait à masquer une crise sécuritaire majeure. Les faits l’ont prouvé par la suite. L’enjeu de cette confrontation, il faut qu’on le sache, était et est encore celui du monopole de la violence et de la règle. C’est cela que cache la formule : « Nous sommes chez nous ici ». Autrement dit c’est « nous » (ceux qui ont lancé ce slogan venu de l’extrême droite hexagonale) qui avons le monopole de la violence et c’est nous qui dictons les règles. Et c’est cette démonstration que cette petite minorité violente a voulu faire.
Le taux de pauvreté de la ville est supérieur à la moyenne martiniquaise, comment améliorer ce point ?
Dans son comparateur de territoire publié en 2025 l’Insee indique que le taux de pauvreté est de 26,8% en Martinique et de 28% à Fort-de-France, et dans son édition 2024 sur le revenu et le patrimoine des ménages, l’Insee précise que le taux de pauvreté à la Seine-Saint-Denis est de 28,4%. Tous ces chiffres sur le niveau de pauvreté concernent l’année 2021. Nous n’en avons pas trouvé de plus récents sur ce chapitre. Reste deux remarques à faire : la différence entre le taux de la Martinique et celui de Fort-de-France ne nous paraît pas significative : 1,2 point. C’est la première remarque. La seconde est lorsque l’on compare les chiffres de Martinique à des régions et non pas seulement à la moyenne hexagonale on constate qu’il y a des régions en France hexagonale où la pauvreté est plus marquée qu’en Martinique. Il faut donc cesser la victimisation permanente.
Par ailleurs, sur la question de la pauvreté – la pauvreté correspond à un revenu disponible de 1288 euros par mois pour une personne vivant seule et 2705 euros pour un couple avec 2 enfants selon l’Insee – il aurait fallu des données ou des simulations sur le poids de l’économie informelle et particulièrement des trafics en tout genre pour avoir une idée un peu plus juste de la réalité.
Même la lutte contre la pauvreté ne dépend pas de la seule compétence des mairies. Les CCAS font, c’est vrai, un gros travail mais il faudra sans doute repenser la stratégie et l’organisation à ce niveau, de même qu’il faudra revoir la philosophie et les modes d’accompagnement des associations. Les associations ne doivent pas être de simples relais politiques des partis au pouvoir.
Quelles seront vos mesures contre l’insécurité gangrenée par le trafic d’armes et de stupéfiants ?
Nous sommes dans une société violente et donc insécure. Cette violence est bien sûre liée en partie au trafic d’armes et de stupéfiant, il faut évidemment le traiter vigoureusement et rigoureusement à ce niveau ; mais on ne doit pas perdre de vue que la violence intra familiale et contre les femmes a explosé ces derniers temps. De même les incivilités routières qui constituent à certains égards une modalité de la violence faite à soi-même et aux autres.
Il faut aussi oser le dire : des institutions tel que la CTM, la CAF, la Sécurité Sociale, France Travail créent aussi de l’insécurité voire de la détresse chez les plus fragiles.
L’insécurité est une affaire collective et pas uniquement l’affaire de l’État. Trois mesures me paraissent urgentes :
1/ Renforcer les forces de police judiciaires et de police générale ainsi que les moyens de la justice ;
2/ Impliquer la police municipale notamment en brigade de nuit en convention avec la police nationale ;
3/ Impliquer davantage encore toutes les associations et notamment les associations et les acteurs qui interviennent sur le terrain social et éducatif auprès des jeunes et des adolescents en définissant une finalité globale pour sortir de la logique de silo et faire ensemble : quels types de jeunes voulons-nous produire et comment ?
Qu’en est-il de la redynamisation du centre bourg ?
Il faudra d’abord voir avec les premiers intéressés et faire le bilan de ce qui a été tenté ces douze dernières années. Il faudra aussi se demander s’il ne faut pas reconsidérer le modèle de structuration urbaine mono-centralisée, et réfléchir sur une structuration à noyaux multiples.




