Une enquête fondée sur les registres d’état civil de Gaza documente l’ampleur de la destruction démographique depuis octobre 2023. Au-delà des chiffres de la guerre, c’est la continuité de lignées entières qui a disparu.
Depuis le 7 octobre 2023, les opérations militaires israéliennes à Gaza ont effacé 2 700 familles palestiniennes de l’état civil du territoire. Dans 6 000 autres familles, il ne reste aujourd’hui qu’un seul survivant, porteur solitaire de la mémoire d’une lignée dont la disparition définitive serait actée à sa mort. Ces données, issues d’une enquête publiée fin janvier 2026 et confirmées par les autorités médiatiques locales, dépassent les bilans ordinaires de victimes : elles décrivent non seulement des morts, mais l’interruption de transmissions familiales.
Une « famille effacée » est définie comme un foyer dans lequel trois générations issues d’un même registre d’état civil ont été tuées. Cette définition démographique et juridique permet de mesurer la rupture de la transmission familiale elle-même. Les 2 700 familles intégralement disparues représentent plus de 8 000 personnes tuées. Environ 40 000 foyers auraient été directement touchés, avec en moyenne plus de quatre membres tués par famille. Avant octobre 2023, la population de Gaza s’élevait à environ 2,2 millions d’habitants.
Derrière ces statistiques se trouvent des trajectoires individuelles. À Khan Younès, une famille a perdu en une seule frappe plus de vingt membres appartenant à plusieurs générations. Une photographie prise peu avant les faits montrait un jeune lycéen entouré des siens. En une nuit, parents, frères, sœurs, oncles, tantes et cousins ont disparu. Une survivante raconte être revenue sur les décombres et n’y avoir retrouvé que des vêtements dispersés par l’explosion.
Le ministère de la Santé de Gaza recense, au 25 février 2026, 72 082 morts et 171 761 blessés depuis le début des opérations. Ces chiffres sont considérés comme fiables par l’Organisation mondiale de la santé et les Nations Unies. Toutefois, une étude indépendante publiée en février 2026 dans The Lancet Global Health estime que ces données pourraient être sous-évaluées d’environ 35 %. Les chercheurs évaluent le nombre de décès violents entre 63 600 et 86 800 pour la seule période allant jusqu’au 5 janvier 2025, soit environ 3,4 % de la population totale de Gaza. En intégrant les morts indirectes liées aux pénuries alimentaires, aux maladies et à l’effondrement du système de santé, les projections avancent des bilans encore plus élevés.
Sur le plan international, ces données alimentent un débat juridique intense. Plusieurs rapports onusiens ont évoqué l’existence de motifs raisonnables de croire à la commission d’actes relevant de la définition du génocide. Des organisations non gouvernementales internationales ont également conclu que certaines actions à Gaza entraient dans ce cadre juridique. Israël et ses alliés contestent cette qualification et dénoncent des analyses qu’ils jugent biaisées. La Cour internationale de justice, saisie en janvier 2024, a ordonné à Israël de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir la commission d’actes de génocide.
Un cessez-le-feu est officiellement en vigueur depuis le 10 octobre 2025, mais les violences n’ont pas totalement cessé. Depuis cette date, plusieurs centaines de Palestiniens supplémentaires auraient été tués et plus d’un millier blessés. Pour les milliers de survivants uniques de familles presque entièrement détruites, la perspective demeure celle d’une disparition définitive de leur nom des registres civils à leur mort. Au-delà des destructions matérielles et humaines, l’enjeu apparaît désormais démographique : la continuité même des lignées et de la mémoire collective.