Alors que la jeunesse est régulièrement présentée comme une priorité nationale, un rapport récent du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) dresse un constat sans concession sur la situation des jeunes dans les Outre-mer. Inégalités d’accès à l’éducation, à l’emploi, au logement, difficultés de mobilité, fragilités psychologiques : derrière les discours, une réalité persistante d’abandon et de perte de chances.
Omniprésente dans les discours politiques, trop souvent absente des décisions concrètes, la jeunesse des Outre-mer se trouve aujourd’hui au cœur d’un constat sévère. Intitulé sans détour « Ultra-Marins, ultra-oubliés ? », le rapport du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse met en lumière des inégalités structurelles durables entre les jeunes ultramarins et leurs homologues de l’Hexagone.
Fondé sur une vaste consultation de plus de 2 600 jeunes issus de l’ensemble des territoires ultramarins, le rapport souligne des écarts persistants en matière d’éducation, d’insertion professionnelle, de logement, de mobilité et de santé mentale. Autant de freins cumulés qui entravent l’accès à l’autonomie et nourrissent un sentiment profond de relégation.
Dans de nombreux territoires, les taux de chômage des jeunes restent nettement supérieurs à la moyenne nationale. Le décrochage scolaire y est plus fréquent, l’accès aux formations qualifiantes plus limité, et les débouchés locaux insuffisants pour absorber les nouvelles générations. Cette situation alimente une spirale bien connue : précarité, départ contraint, et parfois découragement.
La question de la mobilité apparaît comme un verrou central. Pour étudier, se former ou accéder à certains emplois, partir est souvent une nécessité. Mais partir a un coût financier, social et psychologique élevé. Pour beaucoup de jeunes ultramarins, la mobilité devient une injonction sans accompagnement réel, transformant l’égalité des chances en parcours semé d’obstacles.
L’accès au logement constitue un autre frein majeur à l’émancipation. Rareté de l’offre, loyers élevés, dépendance prolongée au cadre familial : autant de facteurs qui retardent l’entrée dans la vie adulte. À cela s’ajoutent des difficultés croissantes en matière de santé mentale, encore trop peu prises en charge dans des territoires où l’offre de soins reste insuffisante.
Face à ce constat, le rapport formule vingt-et-une recommandations visant à refonder les politiques publiques en direction de la jeunesse ultramarine : renforcement de l’offre éducative et de formation, accompagnement effectif de la mobilité, accès réel au logement, meilleure prise en compte du bien-être psychologique.
Au-delà des chiffres et des diagnostics, une question politique demeure : combien de rapports faudra-t-il encore pour que la jeunesse des Outre-mer cesse d’être traitée comme une variable d’ajustement des politiques nationales ? Car derrière les statistiques, ce sont des trajectoires de vie qui se jouent, et avec elles l’avenir même de ces territoires.Gdc




