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    Home » KARATÉ. Gilles Cherdieu : « Bonsaï, en avant ! »
    Sport

    KARATÉ. Gilles Cherdieu : « Bonsaï, en avant ! »

    février 26, 2026Mise à jourfévrier 27, 2026Aucun commentaire
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    Le multiple champion du monde guadeloupéen, nouveau président de la Fédération française de karaté, est en Martinique pour soutenir la ligue locale et afficher ses ambitions pour les Antilles.

    Par Roland Dorival

    Il dégage une autorité tranquille, celle des hommes qui ont longtemps gagné sur les tatamis avant d’apprendre à gouverner depuis un bureau. Gilles Cherdieu, ceinture noire septième dan, cinq fois champion du monde, est depuis trois mois à la tête de la Fédération française de karaté et disciplines associées (FFKDA). Originaire de Guadeloupe, il connaît le karaté antillais de l’intérieur, et c’est peu dire. À l’invitation de Sophie Sorrente, présidente de la Ligue martiniquaise de karaté, il a fait le déplacement pour assister à l’OpenK26 et rencontrer les partenaires institutionnels du territoire. Notre envoyé Roland Dorival l’a rencontré.

    David Germain. Sophie Sorrente, Gilles Cherdieu, Roland Dorival, et le représentant du Grav Maga, Antonio JAIR

    Roland Dorival : Vous êtes à la tête de la Fédération française de karaté depuis trois mois seulement. Qu’est-ce qui vous a amené ici, en Martinique, si tôt dans votre mandat ?

    Gilles Cherdieu : J’avais clairement annoncé, pendant ma campagne, que je m’intéresserais de près à nos départements français d’outre-mer. Ce n’était pas une promesse en l’air. Dès lors que Sophie Sorrente m’a invité à venir assister à l’OpenK26 qu’elle organise ce samedi, j’ai dit oui sans hésiter. Je suis là aussi pour rencontrer des partenaires institutionnels – la DRAJES, la Maison régionale de la performance, le CROSMA, les collectivités – afin d’afficher concrètement le soutien fédéral à la ligue martiniquaise. Les Antilles ne peuvent pas être un angle mort de la fédération.

    Vous êtes vous-même originaire de Guadeloupe. Est-ce que cela change votre regard sur ces territoires ?

    Évidemment. Je viens en Martinique au moins une fois par an depuis longtemps, et j’ai cet honneur de connaître la grande majorité des karatékas, des professeurs et des présidents de clubs martiniquais. Ce terrain, je le connais humainement. Permettez-moi d’ailleurs d’avoir une pensée pour notre ami Hubert Marie-Joseph, qui nous a quittés récemment. C’était quelqu’un que j’appréciais profondément.

    Avant de présider, vous avez été directeur technique de la fédération. C’est de là qu’est venue votre décision de vous présenter ?

    Oui. Pendant cette période, j’ai observé que la fédération prenait, selon moi, un mauvais tournant, qu’elle était mal gérée. Cela s’est vérifié : j’ai porté l’affaire en justice, et la justice a annulé l’élection du président sortant. C’est ainsi que je me suis retrouvé à gouverner l’institution. Mais je veux le faire de manière démocratique, avec un vrai projet.

    En arrivant aux affaires, vous avez découvert la situation financière réelle de la fédération. Elle était mauvaise ?

    Ce n’était pas vraiment une surprise, non. Mais c’était quand même saisissant : la commissaire aux comptes et les comptables m’ont présenté un déficit de près d’un million huit cent mille euros. Un déficit qu’il fallait absolument résorber. On s’y est attelé immédiatement, et nous avons quasiment soldé la situation. Il reste maintenant à stabiliser les comptes et à construire un vrai projet de développement — dont la ligue martiniquaise bénéficiera aussi.

    Quel est justement votre projet pour la Martinique et les Antilles ?

    Le nerf de la guerre, c’est l’argent, soyons honnêtes. Il y a des subventions qui existent, et je vais travailler avec Sophie Sorrente pour que les clubs et les pratiquants en bénéficient réellement. Mais au-delà du financement, je veux qu’il y ait une vraie offre de formation ici. Je souhaite qu’une fois par an, des experts fédéraux — aussi bien dans les disciplines traditionnelles que sportives — viennent en Martinique pour des stages, des passages de grades, des formations de diplômes. Et je veux mutualiser avec la Guadeloupe et la Guyane pour qu’une formation de type titre à finalité professionnelle — celui qui permet l’enseignement contre rémunération — puisse être organisée aux Antilles-Guyane. Ce serait une première.

    Et sur le plan compétitif ?

    C’est essentiel. Nous avons des nations fortes dans le bassin caribéen. Je veux que la Martinique puisse participer aux compétitions continentales, qui sont de niveau international. Le niveau est là, les talents sont là. Il faut leur donner les moyens de s’exprimer au-delà des frontières du territoire.

    La question du rapport entre la fédération et la JKA — la Japan Karate Association — revient souvent dans les clubs. Quelle est votre position ?

    Nous avons un partenariat avec la JKA, que nous reconnaissons, notamment pour les passages de grades et les compétitions. Il y a deux groupes JKA présents au sein de la fédération ; j’en ai déjà rencontré un, je dois rencontrer le second. Ce que je veux, c’est travailler en intelligence avec eux. Je ne veux pas être exclusif. Les karatékas traditionnels, les puristes, doivent se sentir libres de pratiquer ce qu’ils aiment. Mais je veux aussi qu’ils se sentent attirés par ce que la fédération propose. Nous mettrons en place des conventions claires, et je réunirai régulièrement les responsables JKA pour avancer ensemble sur les grades, la formation, les diplômes et les compétitions.

    Vous avez un palmarès exceptionnel : cinq fois champion du monde, huit fois champion d’Europe. Comment gardez-vous le contact avec la pratique ?

    Je continue à m’entraîner dès que je peux, mais pas autant que je le voudrais, soyons honnêtes. Présider une fédération, c’est travailler sept jours sur sept. Venir en Martinique, ce n’est pas des vacances ! Mais je ne veux pas perdre ce lien avec les tatamis. Il ne faut pas oublier que c’est bien de penser et de gouverner — mais il faut aussi transpirer. La vérité, elle est dans la transpiration. Un septième dan qui ne s’entraîne plus, ça ne veut plus rien dire.

    Un dernier mot pour les karatékas martiniquais ?

    Pour la jeunesse : continuez à pratiquer. Le karaté ne forme pas seulement des combattants, il forme des hommes et des femmes équilibrés. Quand on s’entraîne dans les arts martiaux, on n’a pas envie d’aller se battre dans la rue. On respecte. On rythme sa vie. Pour les professeurs : formez-vous, ouvrez-vous. La fédération sera à vos côtés. Et pour tous : comme on dit sur les tatamis — bonsaï, en avant !

    Propos recueillis par Roland Dorival

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