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    La Martinique vit du passé. Qui assumera l’avenir ? Par Toni Hrițac

    février 17, 2026Mise à jourfévrier 17, 2026Aucun commentaire
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    Vous trouverez ici une tribune de Toni Hrițac, journaliste au regard extérieur mais au propos bien ancré dans nos réalités. Dans un contexte international bouleversé : guerre en Ukraine, retour de Trump, montée des tensions économiques mondiales, il pose une question que beaucoup hésitent encore à formuler clairement : le modèle économique martiniquais est-il soutenable ?

    En miroir de l’Europe, qu’il décrit comme un continent vivant sur ses acquis et rattrapé par ses fragilités, il dresse un portrait d’une Martinique dépendante, peu innovante, et peut-être trop confiante dans la pérennité des transferts sociaux qui constituent sa colonne vertébrale.

    Une analyse qui dérange, qui interpelle, mais qui mérite le débat. C’est précisément le rôle d’une tribune libre.


    Analyse sur la soutenabilité du modèle économique martiniquais dans un contexte géopolitique instable.

    Ceux qui critiquent la France et l’Union européenne en général affirment que celle-ci a manqué, au cours des quarante dernières années, au moins trois grandes occasions de prospérité : la révolution des ordinateurs et des logiciels, le développement de l’intelligence artificielle et l’industrie des batteries. Tout cela s’est produit alors que, pour des raisons d’efficacité, l’Europe a largement renoncé à son industrie manufacturière. Aux yeux des critiques, le continent est devenu un espace immobile, vivant d’industries éprouvées, mais qui ne produisent plus de nouveauté. L’Europe se fane lentement, même si sa beauté demeure saisissante.

    L’Europe a pourtant été prospère et, dans le même temps, elle a construit une société d’assistance enviée à l’échelle internationale. Elle a intégré institutionnellement, d’une manière qui a suscité admiration et envie, les valeurs humanistes qui donnent de la noblesse à une société : la liberté individuelle et la solidarité. Il semblait que les choses pourraient continuer ainsi indéfiniment. Et pourtant, quelque chose a changé avec une rapidité fulgurante. Si rapidement que tout le monde a été pris au dépourvu. Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un frisson a parcouru les capitales européennes. L’arrivée de Trump à la Maison-Blanche — et en particulier son second mandat — a déclenché une véritable tempête. Tous les doigts, ceux des adversaires comme ceux des alliés, pointent désormais vers l’Europe : immobilisme, manque d’innovation, insuffisance des capacités réelles de défense et d’adaptation face aux crises majeures. Selon ses détracteurs, l’Europe est vulnérable et exposée aux attaques venues de plusieurs directions : sur le plan économique, de la Chine ; sur le plan numérique et technologique, des États-Unis ; par une migration non sélective venue du Sud ; et, en interne, par la montée de partis qualifiés d’extrémistes.

    Ces critiques existaient depuis longtemps, mais ces dernières années — surtout au cours des deux dernières — elles ont acquis une force particulière. Ce qui dessinait autrefois un paysage idyllique est devenu, brusquement, un espace d’inquiétude maximale. Toutes les capitales débattent désormais des solutions à adopter.

    L’exemple européen peut, dans une certaine mesure, s’appliquer à la Martinique. Les reproches adressés à l’Europe peuvent être observés ici aussi, parfois avec plus d’acuité : manque de dynamisme, déficit d’innovation, faiblesse manufacturière et dépendance peu soutenable aux transferts sociaux venus de la métropole. Même les secteurs où l’île devrait exceller, comme le tourisme, témoignent d’un immobilisme frappant. Par exemple, les agences de voyage d’Europe de l’Est envoient des touristes en République dominicaine, au Mexique, voire à Cuba, mais beaucoup moins dans les îles des Antilles ou en Martinique. L’infrastructure touristique laisse à désirer. Quelques médailles remportées par l’industrie exportatrice de rhum ne compensent pas le déficit chronique de production manufacturière et de présence sur le marché international.

    Ce qui inquiète le plus n’est pas tant la situation factuelle que le manque de dynamisme, l’absence de perspective et de solutions véritablement disruptives. En discutant avec plusieurs intellectuels de l’île, je leur ai demandé quel serait l’un des grands atouts de la Martinique. Parmi les réponses figurait son rôle géostratégique dans l’architecture française. Et pourtant, dans la zone caraïbe, la France ne dispose pas uniquement de la Martinique ; il y a aussi la Guadeloupe et la Guyane. S’il fallait choisir entre les trois, la Martinique serait-elle retenue ? Il ne s’agit bien sûr que d’une hypothèse peu probable, mais on peut la considérer comme un test en conditions extrêmes. La plupart ont secoué la tête et m’ont répondu qu’ils ne pensaient pas que la Martinique serait la première option.

    Aussi inattendue qu’ait été la guerre en Ukraine, un événement pourrait surgir de la même manière et mettre à l’épreuve le modèle martinicais fondé sur les transferts sociaux. La France affiche un niveau d’endettement significatif, et le débat public est largement dominé par les solutions envisagées pour le réduire ou pour corriger les déséquilibres budgétaires. L’économie est fatiguée et manque de perspectives solides. Les plans de redressement évoquent de plus en plus la nécessité de réformer le système des transferts sociaux et de procéder à une restructuration administrative et budgétaire — autrement dit, de toucher à la colonne vertébrale même de l’île. Des nuages sombres s’amoncellent à l’horizon, et la « vie chère » n’est que le plus petit d’entre eux.

    La Martinique a besoin de capital et de solutions disruptives. Elle a besoin d’une classe politique et administrative disposée et capable d’affronter ces problèmes de manière frontale et créative. La société civile les signale déjà, et la presse locale relaie de multiples prises de position en ce sens. Mais le signal ne suffit pas. Le développement exige de l’initiative et du capital — à la fois un capital externe, européen ou provenant d’autres sources, et un capital interne. Le capital local devrait se diversifier et investir de nouveaux secteurs, même plus risqués. Là où il est concentré, il est souvent accusé de positions quasi monopolistiques. Or les monopoles dépourvus de dynamisme, d’adaptation au marché et de courage risquent de se figer.

    La Martinique a besoin d’idées innovantes et de courage.

    Toni Hrițac, journaliste

     

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