Introduction – Un acte judiciaire aux effets géopolitiques
L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines ne peut être analysée comme un simple fait judiciaire. Elle repose sur un acte d’accusation fédéral de 28 pages, déposé devant le tribunal du Southern District of New York, signé par le procureur Geoffrey S. Berman. Selon le Department of Justice (DOJ), ce document constitue le fondement juridique de poursuites pour narcoterrorisme, transformant un conflit géopolitique ancien en affaire pénale de droit commun.
Un chef d’État assimilé à un chef de cartel
Selon l’acte d’accusation, Nicolás Maduro aurait dirigé ou co-dirigé le « cartel de Los Soles », décrit par les procureurs américains comme un réseau criminel composé de hauts responsables civils et militaires vénézuéliens. Le DOJ affirme que ce cartel aurait utilisé les institutions de l’État pour faciliter l’exportation de cocaïne vers les États-Unis. L’expression « flood the United States with cocaine » est explicitement attribuée aux procureurs fédéraux et au Département d’État.
Les FARC et la conspiration narcoterroriste
L’acte d’accusation du SDNY établit une conspiration entre le cartel de Los Soles et les FARC, organisation classée terroriste par les États-Unis depuis 1997. Selon les procureurs, cette alliance aurait reposé sur des échanges d’armes, de soutien logistique et de facilitation des routes de la cocaïne. Les analyses évoquant des milices ou forces paramilitaires relèvent d’une interprétation politique et doivent être comprises comme telles.
Infrastructures étatiques et protection des circuits
Les procureurs décrivent l’usage d’infrastructures étatiques, notamment aéroportuaires, pour faciliter le trafic. L’épisode de la saisie de 1,3 tonne de cocaïne sur un vol à destination de Paris en 2013 est mentionné dans les documents judiciaires. Selon l’accusation, des arrestations ciblées de responsables subalternes auraient servi à détourner l’attention des responsabilités supérieures.
Diplomatie et trafic régional
Selon l’acte d’accusation et des rapports du Département d’État, Nicolás Maduro aurait joué un rôle de coordination des relations extérieures afin de sécuriser les routes de trafic, notamment en Amérique centrale après le coup d’État de 2009 au Honduras. Les chiffres relatifs au nombre de vols clandestins proviennent de rapports administratifs américains et doivent être attribués comme tels.
Chefs d’inculpation et portée extraterritoriale
Le réquisitoire retient quatre chefs principaux : conspiration de narcoterrorisme, conspiration d’importation de cocaïne, possession d’armes automatiques et dispositifs destructifs, et conspiration liée à ces armes. Selon le DOJ, les peines encourues vont jusqu’à la perpétuité, assorties de la confiscation des biens liés aux infractions.
Conclusion – Le droit pénal comme instrument de puissance
De l’avis de nombreux analystes juridiques, cette procédure illustre une stratégie américaine de judiciarisation du conflit avec le Venezuela. En criminalisant un chef d’État en exercice, les États-Unis utilisent le droit pénal extraterritorial comme levier de puissance. Cette lecture relève d’une analyse géopolitique et ne constitue pas une qualification juridique en soi.




