Les « marches des résistances » se sont déroulées dimanche 28 septembre 2025, partout en France, mobilisant des citoyen·nes autour de la justice climatique, de l’égalité sociale et de l’antiracisme.
Participation et déroulement
Près de 40 000 personnes ont participé aux manifestations organisées simultanément dans environ 70 villes, dont Paris, Lyon, Marseille, Angoulême et Besançon. À Paris, la marche a réuni à elle seule 25 000 individus, avec des revendications phares telles que le droit à l’IVG, l’abrogation de lois contestées et l’adoption de politiques climatiques plus ambitieuses . La mobilisation s’est inscrite dans une dynamique internationale en lien avec le mouvement Draw the Line, précédant la COP 30 au Brésil.
Portée et revendications
L’un des points marquants de cette journée fut la convergence de collectifs écologistes, sociaux et antiracistes, confirmant la volonté de faire front commun contre ce qui est perçu comme une offensive réactionnaire, pour défendre les droits fondamentaux et porter une exigence de changement systémique. Les actions visaient à dénoncer les politiques d’austérité, l’inaction climatique, les atteintes aux libertés, ainsi qu’à exiger l’adoption de mesures financières et écologiques concrètes comme le Plan National Chlordécone ou une taxe sur les majors fossiles.
En résumé, il s’agissait d’une mobilisation massive, inédite par son ampleur et la diversité de ses combats, qui a marqué la journée du 28 septembre dans toute la France.Une convergence inédite
Depuis plusieurs années, les grandes manifestations pour le climat peinaient à élargir leur socle au-delà des cercles militants écologistes traditionnels. Cette fois-ci, les organisateurs et organisatrices ont voulu faire converger différents fronts. Aux côtés des ONG environnementales classiques (Greenpeace, Alternatiba, les Amis de la Terre), on trouve désormais des collectifs décoloniaux, des associations antiracistes et des syndicats de travailleurs précaires.
« Nos combats sont indissociables les uns des autres », affirment les collectifs à l’origine des marches. Selon eux, la crise climatique frappe d’abord les populations déjà discriminées et fragilisées — habitants des quartiers populaires, travailleurs migrants, communautés ultramarines —, révélant l’imbrication entre destruction environnementale et inégalités raciales ou sociales.
Le poids des héritages coloniaux et ultramarins
Cette convergence se nourrit aussi de la mémoire des luttes. Dans les territoires ultramarins, où les mobilisations écologiques et anticoloniales ont souvent été menées conjointement, la revendication d’égalité environnementale est ancienne. La contamination massive au chlordécone en Martinique et en Guadeloupe, ou encore les mobilisations contre les projets pétroliers en Guyane, illustrent la persistance d’un traitement différencié.
Une réponse à « l’offensive réactionnaire »
L’appel aux « marches des résistances » intervient dans un contexte politique marqué par une polarisation accrue. Pour les collectifs organisateurs, les offensives contre les droits des étrangers, les attaques visant le mouvement antiraciste et la remise en cause de la transition écologique s’inscrivent dans une même dynamique.
Face à cela, ils prônent une réponse unitaire : « Défendre le climat, c’est aussi défendre les droits humains. L’extrême droite prospère sur la peur de l’autre et sur le déni écologique », expliquent-ils.
Les enjeux d’une recomposition militante
Cette mobilisation pourrait marquer une étape dans la recomposition des mouvements sociaux français. Si la rencontre entre militants climat et acteurs antiracistes a longtemps été jugée difficile, les convergences se multiplient depuis les marches Black Lives Matter de 2020 et les grandes mobilisations climat de 2019.
Reste à savoir si cette alliance tiendra dans la durée et saura peser sur l’agenda politique. Les organisateurs affirment leur volonté d’installer une dynamique : « Nous ne voulons pas d’une simple marche ponctuelle, mais d’un mouvement durable, capable de proposer une autre vision de société. »
En associant lutte écologique et lutte antiraciste, les « marches des résistances » veulent porter un message fort : il n’y aura pas de transition juste sans reconnaissance des discriminations et des inégalités héritées de l’histoire.
Jean-Paul Blois



