Présent sur les cinq continents, le Grand Orient est la plus grande association maçonnique. Le président du Grand Orient de France, Pierre Bertinotti a fait une halte en Martinique le week-end dernier. Au programme rencontres avec le préfet et les acteurs intentionnels et économiques de la Martinique. Pierre Bertinotti ouvre les portes de l’organisation maçonnique.
Quelles sont les raisons de votre venue en Martinique ?
Je suis venu en Martinique dans le cadre des déplacements traditionnels que le Grand maître fait chaque année aux Antilles et en Guyane qui se font au mois de janvier. Nous organisons une conférence publique sur le thème des apports des Outre-mer à la République. C’est l’occasion que ce voyage qui a lieu au mois de janvier se déroule maintenant.
Qu’est-ce que les Outre-mer et singulièrement la Martinique apportent à la République ?
Le Grand Orient de France est une association maçonnique d’environ 56 000 membres et de 1400 loges. En Martinique, il y a environ 450 frères et sœurs répartis dans neuf loges. Ce sont ces loges ont organisé la conférence. Le thème est très important pour la République, voir ce que les Outre-mer ont historiquement, culturellement, politiquement, économiquement apporté à la République et pour le Grand Orient de France. Nous sommes implantés depuis de très nombreuses années quasiment en même temps que dans l’Hexagone. Ce thème des apports de l’Outre-mer vaut pour la République mais aussi pour le Grand Orient de France où il nous paraît important d’avoir un grand nombre de frères et de sœurs.

Pourquoi les valeurs de la République résonnent-elles autant dans le Grand Orient de France ?
Le Grand Orient de France a été historiquement le défenseur, le promoteur en tant qu’organisation de l’installation de la République. Notre organisation interne est fondée sur des élections, sur le partage du bien commun. Il en va de même pour la République. Le Grand Orient de France est un soutien de la République parce que ce sont les valeurs du Grand Orient de France qui sont des valeurs humanistes et universalistes. La République est la forme politique qui permet de réaliser ces valeurs.
Les manifestations contre la vie chère traduisaient une défiance notamment envers les élus. Quelle est la position du Grand Orient de France ?
Ce mouvement n’est pas propre à la Martinique. On est dans une période où beaucoup de nos concitoyens expriment une défiance à l’égard des institutions et du personnel politique. De nombreuses raisons peuvent l’expliquer : une situation économique, un sentiment d’abandon. Un des moteurs du mouvement social est le sentiment que leur revendication n’ait pas été prise en compte. Cela se manifeste par des mouvements sociaux. À la fin de l’année 2024, il s’agissait de vie chère. Nous étions aussi dans une période post-covid. Les différentes inflations post-covid ont eu une influence sur le pouvoir d’achat. C’est normal qu’il y ait eu ces mouvements. Il nous appartient, en tant que Grand Orient à faire valoir auprès des pouvoirs publics de sensibiliser. Le Grand Orient de France a pour vocation à changer la société. Il s’occupe des questions sociales, des questions liées à l’école, aux lois sociales, à la solidarité, à l’IVG, les discussions sur la fin de vie. Nous étions pleinement conscients de ces attentes et de cette méfiance de nos concitoyens à l’égard de nos institutions.
Quelle influence peut avoir le Grand Orient de France sur le cours politique ?
Le Grand Orient de France a trois siècles d’existence. Je suis toujours frappé de voir que les autorités, les maires en particulier mais également les ministres souhaitent entendre ce que le Grand Orient de France a à dire. Cela veut dire que notre parole est attendue. La manière dont on peut changer les choses, c’est par l’engagement de chaque frère et de chaque sœur dans la vie de la cité. Une des caractéristiques des Francs-maçons, c’est bien sûr de travailler dans leur temple. Mais aussi, chacun à sa façon, cela peut être celui qui va travailler dans une association de quartier, celui qui va être sur une liste aux municipales. Un point essentiel est l’écoute de l’autre. C’est ce que nous pratiquons dans nos temples. C’est l’inverse de réseaux sociaux où l’on ne discute pas mais on s’invective la plupart du temps. Nous, nous nous respectons et nous nous enrichissons de la parole de l’autre. Le changement passe aussi par cette méthode de travail. On apprend beaucoup en écoutant l’autre. C’est notre contribution à l’amélioration de la société.

Qu’en est-il des problèmes environnementaux ?
Cette année, on a un fil rouge de notre réflexion qui porte autour de la refonte du pacte social. Elle est organisée autour de quatre thèmes : l’intelligence artificielle et ses conséquences sociétales, les inégalités sociales, la pauvreté, la remise en cause de l’État providence, l’État de droit et les atteintes à la dignité humaines. Le thème de l’écologie est un thème transversal. C’est une préoccupation constante avec ici, les effets du réchauffement climatique, les conséquences du Chlordécone, les sargasses. Il y a effectivement des problèmes spécifiques que nous prenons en compte. Des travaux sont menés par des commissions nationales sur ces thèmes. On considère que dans le pacte social, si on ne fait pas correctement cette transition énergétique, le pacte social en sera fragilisé.
Quel est le dynamisme du recrutement de l’association ?
Nous notons un dynamisme qui se manifeste à travers les candidatures spontanées. Traditionnellement, le recrutement en maçonnerie se fait par cooptation. Là, on a tendance à recruter dans le même âge que soit. Les candidatures spontanées font venir des candidats qui sont plus jeunes. Comme dans toutes les associations, c’est une de nos préoccupations. Si on veut assurer notre pérennité, il faut se renouveler. On a subi comme toutes les associations les effets de la crise sanitaire. Depuis 2024, les effectifs se sont stabilisés. Ils ont tendance à remonter notamment grâce aux candidatures spontanées. On a actuellement au niveau national environ un quart des nouveaux qui viennent par des candidatures spontanées. On voit donc un rajeunissement de nos candidats. Pourquoi des jeunes frappent à la porte du temple ? Peut-être parce qu’il y a une recherche de spiritualité et une certaine stabilité dans l’environnement incertain que nous connaissons. Nous sommes une association qui a trois siècles d’existence et qui a survécu à de nombreuses difficultés de l’Histoire. Notre méthode c’est l’écoute et le respect de l’autre. Dans le monde que nous connaissons, un peu de bienveillance nous rend attractifs.
Propos recueillis par Laurianne Nomel




