Un modèle importé, une stabilité contestée
La Caraïbe anglophone reste, plus d’un demi‑siècle après les indépendances, dominée par un modèle de gouvernance importé de Londres : le système parlementaire de Westminster, adapté aux réalités de petits États insulaires mais largement fidèle à son architecture originelle. Ce modèle a assuré une certaine stabilité démocratique, mais il est de plus en plus contesté pour sa nature majoritaire, la concentration du pouvoir entre les mains du Premier ministre et la persistance de logiques et symboles coloniaux.
Des constitutions post‑indépendance calquées sur Westminster
Dans la plupart des États du Commonwealth caribéen, les constitutions élaborées au moment de l’indépendance reprennent la structure britannique : chef d’État symbolique, Parlement bicaméral et fusion des pouvoirs exécutif et législatif. Le gouvernement émane de la majorité parlementaire et demeure théoriquement responsable devant la chambre élue.
La dérive primo‑ministérielle du pouvoir
En pratique, cette responsabilité est atténuée par la petitesse des systèmes partisans, la personnalisation de la vie politique et le contrôle partisan des nominations. Le Premier ministre devient le véritable centre du pouvoir, réduisant souvent le Parlement à un rôle d’enregistrement.
Le scrutin majoritaire et la marginalisation de l’opposition
Le mode de scrutin uninominal à un tour favorise des majorités écrasantes et parfois l’élimination quasi totale de l’opposition. Dans ces configurations, l’équilibre du modèle Westminster est rompu et alimente les critiques d’une démocratie majoritaire illibérale.
Gouvernance, clientélisme et vulnérabilité institutionnelle
La concentration du pouvoir exécutif facilite les conflits d’intérêts, le clientélisme et l’usage partisan des ressources publiques. Dans des États de petite taille, la proximité des élites renforce ces dérives et complique la réponse aux défis sociaux et économiques.
Un héritage colonial difficile à dépasser
Les institutions issues de l’indépendance restent marquées par des références coloniales. Cette continuité alimente une distance entre citoyens et centres de décision et freine l’intégration de mécanismes de démocratie participative ou de justice réparatrice.
Réformes constitutionnelles : prudence et résistances
Plusieurs pays ont engagé des processus de réforme, comme la Barbade après son passage à la République. Toutefois, les ajustements restent mesurés et les propositions les plus disruptives peinent à être traduites juridiquement.
Quelles alternatives au Westminster caribéen ?
Des débats émergent autour de systèmes hybrides, de la représentation proportionnelle ou d’une séparation accrue des pouvoirs. Mais la petite taille des États et les cultures politiques locales compliquent l’importation de modèles étrangers.
Entre inertie et refondation
Le Westminster caribéen oscille entre continuité démocratique et décalage croissant avec les défis contemporains. Entre héritage impérial et exigences de gouvernance inclusive, le débat reste ouvert sur l’avenir institutionnel de la région.




