Source : Reporterre
Les décisions d’urbanisme sont le terreau de l’injustice environnementale dont sont victimes les gens du voyage. Publiée le 26 août dans la revue Nature Cities, une analyse statistique inédite prouve que les aires d’accueil des Voyageurs, qu’on appelle communément « gens du voyage » (les communautés gitanes, manouches, etc.), sont plus exposées à la pollution que nul autre quartier résidentiel. Y compris ceux des autres ménages les plus défavorisés.
« Les zones autour d’une aire ont trois fois plus de probabilité d’être à proximité d’une déchetterie — à moins de 300 mètres —, et plus de deux fois plus de probabilité d’être à proximité d’une station d’épuration ou d’une autoroute — à moins de 100 mètres, déclarent dans The Conversation les auteurs de l’étude. Elles ont aussi 30 % de risque supplémentaire d’être proches d’un site pollué et 40 % de probabilité en plus d’être à proximité d’une usine Seveso — présentant un risque industriel. »
De précédents travaux avaient déjà dévoilé le caractère systémique de la discrimination environnementale subie par ces communautés en France, notamment ceux du juriste William Acker, auteur de l’ouvrage Où sont les « gens du voyage » ? Inventaire critique des aires d’accueil.
D’après cette nouvelle étude, la combinaison de deux mécanismes alimenterait ces inégalités : un processus de réduction des coûts, et des stratégies d’exclusion délibérées de la part des pouvoirs publics. Autrement dit, du racisme environnemental : « L’antitziganisme est fortement ancré dans la société française, comme en témoignent de nombreux discours médiatiques ou politiques, soulignent les chercheurs. Il est alors possible que certains élus cherchent à placer les aires loin des quartiers résidentiels pour éviter les réactions hostiles. »



