Dans cette tribune, un de nos lecteurs nous a fait parvenir son avis sur, comme il le dit : “le climat de division qui traverse aujourd’hui le monde agricole martiniquais”. Il (s’)interroge sur nos habitudes collectives, notre rapport à la réussite et notre capacité à construire un modèle de développement fondé sur la complémentarité plutôt que sur l’affrontement.
Voici son point de vue ci-dessous…
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“En Martinique, nous avons développé un réflexe terrible : critiquer, dénoncer, opposer. On arrive même à opposer les filières agricoles entre elles. Opposer les modèles. Opposer les agriculteurs. Toujours chercher un coupable, jamais de solutions. Cette habitude n’est pas une preuve de lucidité ou de maturité. C’est le signe d’un déclin collectif.
L’agriculture ne doit pas être un champ de bataille idéologique. Ce n’est ni un lieu de revanche sociale, ni un terrain de militantisme. C’est un espace de production, de savoir-faire, de transmission et de développement économique. Chaque filière y a sa place. Les opposer, c’est affaiblir l’ensemble. C’est affaiblir la Martinique.
Aucun pays sérieux ne s’amuse à opposer ses filières productives. Nulle part on ne met en concurrence l’industrie automobile et l’industrie textile pour décider laquelle mérite d’exister ou d’être aidée. Chaque secteur est traité pour ce qu’il est, avec ses contraintes, ses forces et son utilité. Pourquoi en Martinique nous serions cette curiosité mondiale, cette exception ?
Ici, ce sont ceux qui s’en sortent un peu mieux qui sont mis à l’index. La réussite est suspecte. Elle doit être expliquée, justifiée mais surtout elle doit être dénoncée. C’est un travers bien français, mais en Martinique il est devenu systématique, un réflexe. Même dans un domaine aussi essentiel, aussi noble, aussi profondément vertueux que l’agriculture.
Banane contre canne. Canne contre vivrier. Vivrier contre élevage. Élevage contre pêche. Cette logique est absurde. Elle ne crée rien. Elle détruit tout. Elle fragilise ceux qui produisent, décourage ceux qui veulent s’installer et donne une image désastreuse d’un secteur qui devrait au contraire donner envie.
A force de mises en accusation permanentes et de procès idéologiques, on finit par dégoûter les jeunes. On transforme une filière qui devrait être attractive, moderne, porteuse de sens, en un champ de polémiques et de conflits. Ces discours ne mobilisent personne. Ils font fuir.
Aucune société ne se développe en passant son temps à se dénoncer. Aucune économie ne se renforce en organisant des combats internes permanents. Pendant que nous cherchons qui critiquer, qui dénoncer d’autres territoires avancent, investissent, structurent, produisent.
Banane et canne sont des champions au pied d’argile. Ils méritent protection et développement. L’agriculture vivrière, l’élevage et la pêche méritent le même traitement et le même respect. La vraie politique agricole consiste à renforcer toutes les filières dans leur complémentarité, exploiter les terres disponibles, et cesser cette guerre idéologique qui ne profite à personne.
La Martinique n’a plus le luxe de cette immaturité collective. Elle doit sortir de cette culture de l’opposition et du soupçon.
Ce territoire ne manque ni de terres, ni de compétences, ni d’envie. Il manque d’un changement d’état d’esprit : cesser d’opposer pour enfin additionner.
Pendant que nous nous affrontons entre nous, la Martinique décline.




