Par Sharon Ali Aziz
Trinité-et-Tobago a longtemps été reconnu comme une société multiethnique au caractère symbiotique. L’intégration des immigrés chinois en offre un exemple frappant.
Les premiers arrivants sont venus en 1806, comme travailleurs sous contrat (indentured labourers). Bien que le projet de les utiliser comme main-d’œuvre de remplacement ait finalement échoué, la migration en provenance de Chine s’est poursuivie, principalement depuis la province du Guangdong.
À la même époque, des mouvements similaires eurent lieu à Cuba et au Panama, où les autorités coloniales espagnoles firent elles aussi venir des ouvriers chinois dans leurs territoires caribéens et latino-américains.
Un signe tangible d’intégration se manifeste dans l’évolution des appellations : on passa de « les Chinois de Chine », à « les Chinois », puis à « Chinois trinidadiens », et enfin simplement à « Trinidadiens » (Tudoroiu et Ramlogan, 2022).
Dès le début du XXᵉ siècle, de nombreux migrants étaient devenus professionnels dans les Caraïbes et en Grande-Bretagne.
La mobilité sociale à Trinité était relativement plus aisée que dans d’autres régions des Amériques. Plusieurs facteurs y contribuèrent.
Dès les années 1910, les conditions de la société coloniale britannique facilitaient la réussite économique dans le commerce. Des emplois nécessitant des compétences spécialisées devinrent accessibles grâce au système éducatif britannique.
De plus, un processus de créolisation s’opéra à travers les mariages interraciaux.
Au début du XXᵉ siècle, le Parti nationaliste chinois (Kuomintang) chercha activement à maintenir et renforcer ses liens avec les résidents chinois de Trinité-et-Tobago.
La communauté chinoise de Port of Spain connut une croissance et un développement notables dans les années 1920 et 1930, bien que l’immigration globale ait ralenti par rapport au XIXᵉ siècle.
Au sein de cette communauté, des structures sociales se formèrent selon la langue, la génération, la classe sociale et les allégeances politiques — qu’elles soient tournées vers les autorités coloniales britanniques ou vers la Chine.
Durant cette période, l’intégration dans la société trinidadienne de la classe moyenne supérieure fut si profonde que de nombreux Trinidadiens d’aujourd’hui ont des ancêtres chinois.



