Devant les ambassadrices et ambassadeurs réunis à l’Élysée, Emmanuel Macron a dénoncé un monde « qui se dérègle », où les grandes puissances tendent à « se partager le monde », en visant explicitement la politique étrangère des États-Unis de Donald Trump, mais aussi l’assertivité de la Chine et de la Russie. Le chef de l’État a appelé à refuser « le nouveau colonialisme et le nouvel impérialisme », tout en plaidant pour une Europe plus autonome, capable de peser par ses propres règles plutôt que de choisir « la vassalisation heureuse » ou l’impuissance.
Une charge frontale contre la diplomatie trumpiste
En affirmant que les États-Unis « se détournent progressivement de certains alliés » et « s’affranchissent des règles internationales » qu’ils défendaient encore récemment, Emmanuel Macron vise directement la doctrine de Donald Trump, centrée sur des rapports de force bilatéraux et la remise en cause des cadres multilatéraux. Le président français dénonce une puissance établie qui n’hésite plus à recourir à des sanctions extraterritoriales, à des mesures commerciales offensives et à des initiatives de sécurité unilatérales, au risque d’éroder la légitimité de l’ordre international qu’elle a contribué à bâtir.
La « tentation de se partager le monde »
Le cœur du diagnostic macronien tient dans cette formule : la « vraie tentation » des grandes puissances « de se partager le monde ». Macron décrit un retour à la logique des sphères d’influence, illustrée par les tensions autour de l’Ukraine, de Taïwan ou encore du Venezuela, où les rapports de force entre États-Unis, Russie et Chine redessinent les équilibres régionaux en marginalisant les acteurs intermédiaires. Dans cette configuration, l’Europe apparaît comme un terrain de jeu autant qu’un enjeu, sommée de choisir son camp plutôt que de définir sa propre stratégie de puissance.« Nouveau colonialisme » et « nouvel impérialisme » dans les relations internationales
En parlant de « nouveau colonialisme » et de « nouvel impérialisme », Macron ne se limite pas aux interventions militaires classiques, mais englobe les formes contemporaines de domination par la dette, les infrastructures, l’énergie ou le numérique. Il évoque même un « processus, pour certains assumé, de recolonisation », en visant tout autant certaines puissances émergentes très présentes en Afrique que les pratiques néocoloniales d’États établis qui utilisent commerce, droit et finance comme instruments d’influence. Le président met en garde contre une double dérive : des discours anticoloniaux instrumentalisés qui ne correspondent plus aux réalités, et une agressivité néocoloniale de certains acteurs qui reconfigurent les dépendances sans le dire.Refuser la « vassalisation heureuse » : l’autonomie stratégique européenne en ligne de mire
Le refus du « nouveau colonialisme » s’accompagne, dans le discours, d’un refus de la « vassalisation » et du « défaitisme », deux attitudes que Macron associe à l’Europe si elle se contente d’alignements automatiques ou de postures morales sans capacité d’action. Il revendique une « logique de puissance » pour la France et pour l’Union européenne, fondée sur la consolidation de la régulation européenne de la tech, la défense du marché unique et un renforcement de la base industrielle et de défense du continent. Cette « autonomie stratégique » doit permettre à l’Europe de ne pas être réduite à un simple prolongement de la politique américaine, ni à un espace disponible pour les investissements et les pressions des grandes puissances non occidentales.Un appel à refonder le multilatéralisme
En toile de fond, Macron constate que « les instances du multilatéralisme fonctionnent de moins en moins bien » et que l’ordre international issu de l’après-guerre est progressivement contourné par les puissances qui y siégeaient comme garantes. Il veut utiliser la présidence française du G7 comme levier pour éviter une fracture durable entre ce club et les BRICS, refusant que le premier se transforme en « club anti-BRICS » et plaidant pour un rapprochement afin de maintenir un minimum de gouvernance mondiale. La France se pose ainsi en défenseur d’un multilatéralisme « efficace », non plus seulement normatif mais capable de produire des compromis dans un monde structuré par la compétition de puissances.
Jean-Paul Blois
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Macron accuse Washington de « s’affranchir des règles internationales » et fustige un « nouveau colonialisme »
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