Les données économiques et sociales récentes confirment une réalité : la Martinique repose sur un modèle fortement redistributif, stabilisé par la dépense publique, mais fragilisé par une pauvreté élevée, un déficit commercial massif et une dépendance extérieure persistante.
Une fragilité sociale nettement supérieure à l’Hexagone
Avec un taux de pauvreté compris entre 26,8 % et 27 %, la Martinique affiche un niveau près de deux fois supérieur à celui de la France hexagonale (14,5 %).
La situation est encore plus préoccupante pour les enfants : environ 32 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. Le niveau de vie médian, fixé à 19 770 € par an, demeure inférieur d’environ 14 % à la moyenne nationale.
Le rôle central des prestations sociales
En 2024, la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) a versé 816 millions d’euros de prestations en Martinique. Le RSA (Revenu de Solidarité Active) représente 204,3 M€, l’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) 111,3 M€, la Prime d’activité 83,9 M€, les Allocations familiales 70,3 M€, et les aides au logement (ALF : Allocation de Logement Familial / ALS : Allocation de Logement Sociale) 116,3 M€. Près de 34 580 allocataires dépendent exclusivement de ces prestations.
En Martinique, le montant des prestations sociales par habitant est environ 20 à 30 % plus élevé qu’en France hexagonale. Alors que les prestations représentent en moyenne 9 000 à 9 500 € par habitant en Hexagone, elles atteignent environ 11 000 à 12 000 € par habitant en Martinique.
Cet écart ne provient pas de droits sociaux plus favorables – les barèmes sont identiques – mais d’une structure sociale différente : taux de pauvreté plus élevé (27 % contre 14,5 %), chômage supérieur et vieillissement démographique marqué.
Les prestations sociales représentent également une part plus importante du revenu des ménages : 35 à 40 % du revenu disponible en Martinique, contre environ 30 % en Hexagone.
Ces transferts jouent un rôle stabilisateur majeur dans l’économie locale, mais ils traduisent aussi une dépendance accrue à la redistribution nationale, posant la question de la soutenabilité du modèle à long terme.
Un déficit commercial structurel préoccupant
Le PIB (Produit Intérieur Brut) martiniquais oscille entre 9,5 et 11 milliards d’euros.
Selon les données publiées par l’INSEE, le montant total des exportations en Martinique s’est élevé à environ 326 millions d’euros en 2021, soit une valeur très limitée par rapport à l’économie locale et aux importations (4 milliards d’euros).
Les secteurs traditionnels d’exportation sont concentrés autour de quelques industries spécifiques, notamment le rhum (agro-alimentaire) – l’un des produits emblématiques exportés par les filières agricoles transformées martiniquaises ; le raffinage de produits pétroliers (notamment via la raffinerie des Antilles) ; d’autres produits agro-alimentaires comme la banane (≈ 72,7 M€ selon certaines estimations sectorielles).
Cette concentration s’ajoute au fait que la valeur totale des exportations reste très basse, ce qui contribue à un déficit commercial structurel important (autour de 2,5 à 3 milliards d’euros).
La CTM face à ses équilibres budgétaires
Le budget 2025 de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) s’élève à 1,457 milliard d’euros, dont 378 millions consacrés à l’investissement. La solidarité représente 415,6 M€, dont 333,7 M€ pour le RSA, l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) et la PCH (Prestation de Compensation du Handicap).
Les dotations nationales, principalement la DGF (Dotation Globale de Fonctionnement) et diverses compensations fiscales de l’État, représentent environ 500 à 600 millions d’euros annuels dans l’ensemble des ressources consolidées des collectivités martiniquaises (ordre de grandeur).
Les fonds européens (FEDER : Fonds Européen de Développement Régional, FSE+ : Fonds Social Européen Plus, FEADER : Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural) représentent plus de 700 millions d’euros pour la programmation 2021-2027, soit environ 100 à 120 millions d’euros mobilisables en moyenne par an selon le rythme de consommation.
Un modèle stabilisé mais vulnérable
L’économie martiniquaise repose sur un équilibre redistributif : prestations sociales élevées, emploi public représentant environ 20 à 25 % de l’emploi total, et budget territorial conséquent. Ce modèle amortit les chocs sociaux, mais demeure exposé à trois tensions majeures : Une pauvreté persistante et un vieillissement démographique marqué; Une dépendance commerciale et énergétique structurelle; Une contrainte budgétaire nationale susceptible de limiter les transferts futurs.
Conclusion stratégique
Les chiffres dessinent une équation claire : la Martinique ne peut durablement reposer uniquement sur la redistribution publique. La soutenabilité du modèle suppose une diversification productive, une montée en valeur ajoutée locale et une stratégie d’investissement orientée vers l’autonomie économique relative. Il est temps de finir avec le temps du ” Ibon kon-sa”
Gérard Dorwling-Carter




