À l’approche des élections municipales, la question de la santé publique mérite d’être placée au cœur du débat démocratique en Martinique. Non seulement parce qu’elle figure parmi les principales préoccupations des électeurs et des électrices, mais surtout parce que nombre de ses déterminants relèvent directement des politiques locales.
La santé, un enjeu territorial avant d’être hospitalier
En Martinique, les défis sanitaires dépassent largement le seul cadre hospitalier. Le vieillissement accéléré de la population, la progression des maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension, les inégalités d’accès aux soins entre le Nord et le Centre, ainsi que les expositions environnementales liées au chlordécone ou aux sargasses, dessinent un paysage sanitaire profondément territorial.
La santé dépend en grande partie des conditions de logement, de l’aménagement urbain, de la qualité de l’environnement, de l’accès aux transports, de l’offre sportive et culturelle, et du tissu social local. Ces déterminants relèvent directement ou indirectement des compétences municipales. La commune constitue ainsi le premier échelon de proximité capable d’agir sur le cadre de vie et la prévention.
Des leviers municipaux réels mais contraints
Les municipalités peuvent intervenir par des politiques d’urbanisme favorables à la santé, la création d’espaces publics adaptés, le soutien aux maisons de santé, la promotion d’une alimentation équilibrée dans les cantines scolaires, ou encore la mise en place d’actions de prévention à destination des seniors et des jeunes. Elles peuvent également jouer un rôle dans l’attractivité médicale en facilitant l’installation de professionnels de santé.
Cependant, les communes ne maîtrisent ni la gestion hospitalière, ni la politique nationale de formation des médecins, ni les orientations budgétaires de l’Assurance maladie. La santé demeure une compétence largement centralisée, ce qui limite la capacité d’action structurelle des élus locaux.
La question du financement local
Les élections municipales remettent également au centre du débat le financement des politiques locales. La taxe foncière constitue aujourd’hui l’un des piliers des budgets communaux. En Martinique, toutefois, la base fiscale demeure relativement étroite et les marges de manœuvre sont limitées. La pression fiscale ressentie par les ménages rend politiquement délicate toute augmentation significative.
Cette contrainte budgétaire pèse directement sur la capacité des communes à investir dans des politiques de prévention, d’infrastructures sportives ou d’aménagement favorables à la santé. La territorialisation de la santé suppose donc une réflexion sur les ressources financières locales et sur l’articulation entre communes, Collectivité Territoriale de Martinique et État.
Un enjeu stratégique pour l’avenir martiniquais
La santé ne devrait pas être un thème secondaire de campagne, relégué derrière les questions de voirie ou de sécurité. Dans un territoire marqué par le vieillissement démographique et les vulnérabilités environnementales, elle constitue un enjeu structurant pour les décennies à venir.
Placer la santé au cœur des programmes municipaux, c’est penser simultanément urbanisme, environnement, mobilité, cohésion sociale et développement économique. C’est également reconnaître que le bien-être collectif ne dépend pas uniquement de l’hôpital, mais d’un cadre de vie globalement favorable.
En Martinique, la territorialisation de la santé est une nécessité stratégique. Les candidats aux municipales disposent d’une occasion majeure pour en faire un véritable projet politique local. Encore faut-il que le débat s’élève à la hauteur des enjeux sanitaires et démographiques du territoire. JPB