Depuis la fin de son mandat en 2012, Nicolas Sarkozy, président de la République de 2007 à 2012, n’a jamais cessé d’être rattrapé par les juges. Retour, dans l’ordre chronologique, sur les principales affaires qui jalonnent son parcours politico-judiciaire.
2007 – L’affaire Bettencourt
Soupçonné d’avoir bénéficié de financements occultes de l’héritière de L’Oréal, Liliane Bettencourt, lors de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy est mis en examen en 2013. Il bénéficie d’un non-lieu la même année.
2010 – L’affaire Karachi
Née de contrats d’armement conclus en 1994, cette affaire évoque des rétrocommissions qui auraient financé la campagne d’Édouard Balladur, dont Sarkozy était alors porte-parole. Le dossier, rouvert en 2010, cite son nom dans l’instruction.
2012 – L’affaire Bygmalion
Elle concerne le financement de la campagne présidentielle de 2012, marqué par un système de fausses factures destiné à masquer le dépassement du plafond légal. En 2021, Nicolas Sarkozy est condamné à un an de prison ferme, peine aménageable.
2012 – Les pénalités réglées par l’UMP
À l’issue de la campagne de 2012, l’UMP prend en charge les pénalités infligées par le Conseil constitutionnel. L’affaire, révélée en 2014, demeure sous enquête.
2013 – L’affaire des sondages de l’Élysée
Les juges examinent les contrats passés sans appel d’offres entre l’Élysée et plusieurs instituts de sondage. L’instruction ouverte en 2013 est toujours en cours.
2014 – L’affaire des écoutes
En mars 2014, dans le cadre du dossier libyen, Sarkozy est placé sur écoute. Des conversations révèlent des démarches suspectes auprès d’un magistrat via son avocat Thierry Herzog. Il est mis en examen pour corruption et trafic d’influence.
2014 – L’affaire Tapie – Crédit Lyonnais
L’arbitrage de 2008 qui avait octroyé plus de 400 millions d’euros à Bernard Tapie fait l’objet d’une enquête. Sarkozy est soupçonné d’avoir appuyé cet arbitrage contesté.
2014 – Les jets privés de Lov Group
L’ancien président est accusé d’avoir bénéficié de vols privés financés par des milieux d’affaires. L’affaire, ouverte en 2014, est toujours en cours.
2014 – Le meeting de Toulon
La justice enquête sur le financement du grand meeting de décembre 2008. Des irrégularités financières y auraient été constatées.
2016 – L’affaire des hélicoptères du Kazakhstan
En marge de contrats conclus en 2010, des soupçons de corruption émergent sur la vente d’hélicoptères au Kazakhstan. Sarkozy apparaît dans l’enquête ouverte en 2016.
2018 – L’affaire du financement libyen
C’est l’affaire la plus explosive. En mars 2018, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour « corruption passive, financement illégal de campagne et recel de détournement de fonds publics ». Les juges le soupçonnent d’avoir bénéficié de fonds occultes en provenance du régime de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007.
Le 25 septembre 2025, le tribunal le reconnaît coupable d’association de malfaiteurs et le condamne à cinq ans de prison ferme, avec mandat de dépôt différé. Une première historique contre un ancien président français dans une affaire de corruption politique de cette ampleur.
Une saga judiciaire hors norme
Depuis la publication par Mediapart en 2012 de documents affirmant que la Libye avait financé la campagne de Sarkozy, l’affaire libyenne a cristallisé une décennie d’investigations. Notes, contrats et témoignages dessinent un pacte occulte, sans que la justice ait pu établir une traçabilité bancaire directe. Malgré ces zones d’ombre, les magistrats estiment qu’il existait bel et bien un accord secret entre Paris et Tripoli.
Au-delà de cette affaire, Nicolas Sarkozy a vu son nom associé à onze procédures distinctes, dont certaines se sont conclues par un non-lieu (Bettencourt) ou une condamnation (Bygmalion), tandis que d’autres demeurent ouvertes. Rarement un ancien président aura été impliqué dans un tel enchevêtrement judiciaire.
Cette saga illustre la porosité entre pouvoir politique et argent au sommet de l’État, mais aussi la capacité de la justice à s’imposer face aux plus hautes figures de la République. Elle laisse, pour l’ancien président, un héritage indissociable de son quinquennat et une ombre durable sur la vie politique française.
Jean-Paul BLOIS



