Première femme chirurgien de Martinique, Nicole Jallot-Sainte-Rose a jonglé entre une riche vie professionnelle et une toute aussi palpitante vie associative à travers le soroptimist. Elle a été la présidente fondatrice du club de Fort-de-France sud. La Foyalaise est revenue sur son brillant parcours.
« J’ai eu le coup de foudre », raconte Nicole Jallot-Sainte-Rose. Ce coup de foudre, elle l’a eu pour sa maison coloniale dans les années 1970 dans le quartier de Didier. La volubile maîtresse de maison ne dénote pas dans l’élégant décor aux couleurs bleu et or. Assise sur son canapé, un album photo posé sur les genoux, le chirurgien plonge dans ses souvenirs. Tout commence vraiment sur les bancs du lycée Schœlcher à Fort-de-France. « J’ose dire que j’étais une bonne élève », s’exclame-t-elle. Du doigt, elle souligne les commentaires élogieux de ses professeurs sur ses bulletins jaunis. La jeune Nicole Sainte-Rose cumule les prix d’excellence. « En seconde, j’étais la seule fille en C, ce sont les études mathématiques. » La Foyalaise obtient brillamment son bac en 1962. Son intérêt pour les études de médecine s’éveille à la rencontre de l’épouse du professeur Roy-Camille, elle-même était médecin anesthésiste. « J’ai réalisé qu’une femme médecin peut avoir une vie intéressante. » L’étudiante effectue tout son cursus à Paris. « Cette année-là, on pouvait faire la préparation médecine et la première année de médecine en même temps. J’ai eu le bonheur de réussir aux deux. » Elle poursuit donc ses études de médecine « de façon tranquille ». La brillante étudiante choisit de se tourner vers l’ophtalmologie. « J’ai décidé d’être chirurgien et de m’occuper d’un organe fantastique qu’est l’œil. »

Parmi ses professeurs de médecine, une femme va aiguiller sa carrière et lui faire aimer ce complexe organe qu’est l’œil. Il s’agit du professeur Françoise Rousselie de la Salpétrière. « Elle était une merveilleuse enseignante. Elle a été un exemple à suivre », se souvient-elle.
Un retour en Martinique dans les années 1970
C’est pendant ses études qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari en 1971. Nicole Jallot-Sainte-Rose a une fille l’année suivante. La pomme ne tombe pas bien loin de l’arbre. « Elle est devenue opticien », rit-elle. Les années 1970 marquent aussi le temps du retour à la Martinique. En arrivant, Nicole Jallot-Sainte-Rose fait l’acquisition du cabinet d’un confrère ophtalmologiste. Rapidement, elle énumère sur ses doigts. Il n’y avait que cinq spécialistes à cette époque en Martinique. « Comme j’avais des titres hospitaliers, on m’accueille aussi comme assistante, puis patricien hospitalier. » Le médecin se souvient de ces premières années d’exercice au pays à l’hôpital civil et à l’hôpital Clarac, des structures peu modernes voire vétustes. « Il fallait tout de même gérer les urgences, les opérations programmées. À cette époque-là, nous n’étions que deux médecins. On n’était pas aidé comme quand nous avons eu la Meynard avec des internes et des assistants. » Nicole Jallot-Sainte-Rose se partage entre son cabinet, l’hôpital et son foyer. En 2020, elle finit par arrêter sa carrière contrainte par le Covid. « Il y avait la proximité des malades. Il n’y avait pas de masque et parfois même une difficulté à faire les gens porter un masque. J’ai considéré qu’il valait mieux arrêter de travailler même si ma forme physique me le permettait encore. »
Une vie engagée au cœur du soroptimist
En plus de vie professionnelle foisonnante, Nicole Jallot-Sainte-Rose s’engage. Elle est la présidente fondatrice du deuxième club soroptimist. « Ce qui m’a plu, c’est d’être choisie – peut-être parce que j’étais la première femme chirurgien de Martinique – comme présidente du soroptimist international de Fort-de-France sud. » Elle poursuit : « Il y avait de nombreux clubs masculins comme le rotary ou les lions, elles ont décidé que pour leur essor, il fallait un deuxième club. Parmi une vingtaine de jeunes femmes charmantes, éduquées et compétentes dans leur travail, elles m’ont choisie. » Nicole Jallot-Sainte-Rose explique les principes qui s’inscrivent dans le soroptimist : une éthique de travail est nécessaire, le sens de l’amitié et le sens du service. A travers ce club, des conférences ont été organisées sur des sujets éclectiques allant des ovnis à la drépanocytose.
Pour raconter ses actions au sein du club, non sans fierté, Nicole Jallot-Sainte-Rose feuillète son album. Les vieux articles de presse découpés dans le France-Antilles défilent. Elle s’arrête sur un document. Celui du don d’organe. Le médecin promeut cette cause dès les années 1990. « Jusqu’en 1997, les greffés antillais survivaient grâce à un organe donné par quelqu’un de l’extérieur. Il était question de sensibiliser la population à ce problème de générosité. » Le chirurgien a même eu l’occasion de faire des prélèvements de cornée. « J’alliais mon idée de servir, le soroptimist et mon travail de médecin. » De ses années de soroptimist, elle gardera des amitiés indéfectibles et des rencontres mémorables.
Laurianne Nomel




