Depuis plusieurs mois, un sentiment diffus traverse les territoires ultramarins : celui d’un moment charnière. Sans annonce spectaculaire ni réforme formellement actée, un faisceau de signaux politiques, sociaux et institutionnels laisse entrevoir une évolution possible vers davantage d’autonomie et de pouvoir normatif pour les territoires d’Outre-mer qui le souhaitent.
Les révoltes sociales récurrentes, les tensions liées à la vie chère, les dysfonctionnements administratifs, les blocages normatifs et les crises de gouvernance locale ne sont pas des accidents isolés. Ils constituent autant de détonateurs révélant l’épuisement du cadre départemental tel qu’il fonctionne aujourd’hui dans les Outre-mer. Faut-il attendre que les choses se détériorent encore plus?
La départementalisation a été un choix fondateur, stabilisateur et protecteur.
Elle a permis l’accès aux droits sociaux, aux services publics et à une relative égalité formelle avec l’Hexagone. Mais ce qui fut un outil d’intégration est progressivement devenu un carcan administratif et normatif, inadapté aux réalités économiques, sociales, environnementales et démographiques des territoires ultramarins.
Le système départemental est désormais à bout de souffle. Non par illégitimité, mais par incapacité structurelle à s’adapter. La centralisation normative, la lenteur décisionnelle et l’uniformité des politiques publiques produisent inefficacité, frustration et défiance démocratique.
Ce basculement s’inscrit également dans un contexte national contraint.
La France traverse une période de fragilité économique et budgétaire qui réduit ses marges de manœuvre. L’État ne peut plus durablement gérer les Outre-mer selon un modèle centralisé coûteux et peu performant. Le risque serait alors de transformer l’autonomie en désengagement déguisé.
Toute évolution statutaire ne doit pas être être un largage politique déguisé. L’autonomie ne doit pas signifier l’abandon de la solidarité nationale, mais une refondation moderne de la relation entre l’État et les territoires. Elle suppose des moyens, un accompagnement et une responsabilité partagée.
L’autonomie, lorsqu’elle est choisie, peut devenir un levier d’innovation, de modernisation et de développement endogène.
Elle peut permettre d’adapter les normes, de favoriser l’investissement productif, de répondre plus efficacement aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques propres aux territoires ultramarins.
L’alignement actuel des planètes constitue une fenêtre historique. Elle peut déboucher sur une refondation intelligente et équilibrée, ou se refermer dans l’immobilisme. La question centrale demeure : quelle République voulons-nous construire avec les Outre-mer au XXIᵉ siècle ?
Gérard Dorwling-Carter



