Le rapport 2026 sur le mal-logement dans les Outre-mer, publié par la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre), tire la sonnette d’alarme. En Martinique, la crise du logement révèle des fractures sociales et territoriales profondes, confirmées par des données chiffrées préoccupantes.
Un constat d’ensemble alarmant
Plus de 700 000 personnes sont mal-logées dans les cinq DROM. Environ 8 000 personnes vivent sans domicile, dans un contexte de saturation des dispositifs d’hébergement d’urgence.
L’habitat indigne concerne près de 150 000 logements dans les DROM, soit environ 18 % du parc résidentiel principal, contre moins de 2 % dans l’Hexagone. Les capacités d’hébergement restent inférieures à celles de la métropole (1,3 place pour 1 000 habitants contre 3 pour 1 000).
Martinique : un parc ancien et dégradé
En Martinique, environ 16 % des logements sont qualifiés de vétustes, dont 4 % très dégradés, soit près de 24 500 logements potentiellement inaptes à offrir des conditions de vie satisfaisantes.
La part des logements vacants atteint 15,8 % du parc. Parmi eux, 22 % n’ont pas accès à l’eau, 24 % ne disposent pas d’électricité, et 60 % ont plus de 30 ans.
Mobilité résidentielle et vulnérabilité sociale
Près de 66 % des ménages martiniquais occupent leur logement depuis plus de huit ans, témoignant d’une faible mobilité résidentielle.
Par ailleurs, environ 27 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, ce qui limite fortement la capacité des ménages à améliorer leurs conditions de logement.
Tensions foncières et pression locative
L’insularité, les contraintes topographiques et les risques naturels renchérissent le coût de la construction. Le développement des meublés touristiques exerce une pression supplémentaire sur le parc locatif résidentiel, réduisant l’offre accessible aux ménages locaux.
Un enjeu politique majeur
Le rapport 2026 pose une question centrale : l’égalité républicaine peut-elle rester crédible si les conditions d’habitat demeurent aussi inégalitaires ?
En Martinique, l’habitat indigne devient un indicateur transversal des fragilités économiques et sociales. La résorption de cette situation suppose une mobilisation coordonnée de l’État, de la Collectivité Territoriale de Martinique, des bailleurs sociaux et des communes.




