Un rapport spécial 03/2026 de la Cour des comptes européenne agit dans le monde agricole comme un avertissement clair : le programme POSEI demeure vital pour l’agriculture des régions ultrapériphériques, mais il n’est plus adapté aux défis à venir. Pour la Martinique, ce diagnostic marque la fin d’une illusion : celle d’un soutien durable sans transformation structurelle.
Conçu pour compenser les handicaps permanents liés à l’éloignement, à l’insularité et à la dépendance économique, le POSEI a rempli sa mission de stabilisation. Il a maintenu à flot des filières historiques, au premier rang desquelles la banane, et garanti un approvisionnement insuffisant en produits agricoles essentiels. Mais, souligne la Cour, ce modèle protège davantage qu’il ne transforme.
DES FILIÈRES MAINTENUES, MAIS PEU INCITÉES À ÉVOLUER
La compétitivité de la banane repose sur un système d’aides dont la conception pose question. Le calcul des soutiens intègre des volumes de référence, y compris des pertes climatiques, ce qui permet le versement d’aides quasi constantes malgré une baisse de la production commercialisée.
En Martinique, la baisse des surfaces et des volumes depuis 2015, à dotation stable, conduit à une hausse mécanique de l’aide par kilogramme, atteignant 0,67 euro/kg pour la Martinique et la Guadeloupe, soit environ le double des autres RUP. Ce chiffre traduit une dépendance accrue à la subvention. La concentration des aides renforce ce constat :
six producteurs appartenant à une même entité captent 12 % des aides POSEI banane.
CLIMAT, DIVERSIFICATION ET APRÈS-2027
Le changement climatique est devenu une donnée structurelle. Les soutiens exceptionnels liés aux sécheresses répétées transforment l’aléa en paramètre permanent de gestion, alors que le POSEI reste centré sur la compensation plutôt que l’adaptation.
La diversification, bien que dotée d’une part importante du budget, reste peu structurée. Les résultats demeurent modestes, faute d’intégration agronomique, économique et environnementale.
Pour la canne-sucre, la Cour reconnaît le rôle social mais juge la viabilité économique préoccupante : lorsque les aides dépassent les recettes commerciales, la logique de survie par subvention atteint ses limites.
La Cour évoque enfin un basculement possible après 2027, avec une intégration du soutien aux RUP dans d’autres politiques européennes. Pour la Martinique, cela signifierait la fin d’un sanctuaire budgétaire et l’obligation de démontrer la valeur ajoutée réelle de son agriculture.
La Cour des comptes européenne ne condamne pas le POSEI ; elle avertit. Pour la Martinique, le choix est clair : transformer ce dispositif en levier de résilience, de diversification et de souveraineté alimentaire, ou subir une érosion progressive de sa capacité agricole. Gdc




