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    Pourquoi l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique va vaciller avec le nouveau choc inflationniste engendré par la guerre en Iran ? Une tribune de JM.NOL

    mars 1, 2026Mise à jourmars 1, 2026Aucun commentaire
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    Un séisme géopolitique aux répercussions locales immédiates

    La montée des tensions autour de la guerre menée par les USA et Israël en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ne constituent pas seulement un épisode géopolitique de plus dans une région instable du globe. Elles portent en elles les germes d’un choc économique mondial susceptible d’emporter les économies les plus fragiles dans un tourbillon inflationniste d’une rare intensité. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a évoqué le risque d’un « nouveau ouragan d’inflation ». Pour la Guadeloupe, territoire ultra-dépendant des importations énergétiques et des transferts publics, la menace quoiqu’on fasse est loin d’être théorique : elle pourrait marquer un tournant brutal dans la trajectoire économique de la Guadeloupe ainsi que de la Martinique dans les prochains mois.

    Un PIB sous perfusion face à l’épuisement du modèle hexagonal

    Pour comprendre l’ampleur du danger, il faut revenir aux fondamentaux. Le produit intérieur brut, indicateur central de la richesse produite sur un territoire, demeure le thermomètre privilégié pour mesurer la santé économique. Or, dans un contexte déjà dégradé antérieurement par la crise sanitaire et les conséquences du conflit russo-ukrainien, l’économie française avait vu ses déficits exploser, ses marges de manœuvre budgétaires se réduire et de nombreux secteurs plonger sous le poids de la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières. La Guadeloupe, étroitement arrimée à la dépense publique hexagonale et à la consommation importée, avait absorbé le choc sans véritable rebond structurel. Aujourd’hui, son PIB marque le pas et pourrait reculer sensiblement au premier trimestre 2026, signe avant-coureur d’un ralentissement plus profond.

    Le détroit d’Ormuz : le détonateur d’une crise systémique

    La fermeture du détroit d’Ormuz agit comme un détonateur. Ce passage stratégique entre l’Iran et Oman voit transiter près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Sa paralysie envoie immédiatement le baril vers des sommets. Au-delà de 80 dollars, voire 100 dollars en cas de blocage prolongé, le choc énergétique devient systémique. Le pétrole irrigue les transports, l’agriculture, l’industrie chimique, la production de plastiques, d’engrais et de biens manufacturés. Chaque hausse se diffuse en cascade dans l’ensemble des coûts de production. Pour une île comme la Guadeloupe, qui importe la quasi-totalité de ses carburants, de ses matériaux de construction et d’une large part de son alimentation, l’impact est démultiplié.

    L’engrenage fatal : hausse des coûts logistiques et érosion du pouvoir d’achat

    La mécanique est implacable. Les transporteurs répercutent la hausse du carburant, les distributeurs ajustent leurs tarifs, les entreprises voient leurs charges logistiques exploser. Les prix du ciment, du bois, de l’acier, du bitume, de l’électricité ou encore des denrées alimentaires grimpent. Dans un territoire où le coût de la vie est déjà structurellement élevé, cette nouvelle vague inflationniste risque d’éroder davantage le pouvoir d’achat des ménages. La consommation, moteur essentiel de l’économie locale, pourrait alors ralentir nettement, entraînant une contraction de l’activité commerciale et des services.

    Transport aérien et tourisme : des secteurs en première ligne

    À ce choc énergétique s’ajoutent les perturbations du trafic aérien au Moyen-Orient. Les détours imposés aux compagnies européennes vers l’Asie rallongent les trajets, augmentent la consommation de kérosène et renchérissent le fret. Or la Guadeloupe dépend largement des flux maritimes et aériens pour son approvisionnement. Toute tension sur le transport international se traduit mécaniquement par des délais, des surcoûts et des ruptures ponctuelles. Le tourisme, secteur clé, pourrait également souffrir d’un renchérissement des billets et d’un climat mondial anxiogène.

    Le spectre de la stagflation et la menace sur l’emploi

    Le scénario redouté est celui de la stagflation : une croissance atone, voire négative, combinée à une inflation persistante. Les entreprises guadeloupéennes, déjà fragilisées par une multiplication des liquidations et un accès difficile au crédit, verraient leurs marges comprimées. Moins de profits signifie moins d’investissements, donc moins d’emplois. Le chômage, déjà élevé, pourrait repartir à la hausse, alimentant un cercle vicieux social et économique.

    Resserrement monétaire et réduction de la dépense publique

    La question budgétaire ajoute une dimension supplémentaire au risque. Face à une inflation mondiale relancée, les banques centrales pourraient maintenir des taux d’intérêt élevés pour contenir la hausse des prix. Dans le même temps, la France hexagonale, confrontée à des déficits massifs hérités des crises précédentes, pourrait engager une réduction drastique de la dépense publique. Les dotations, subventions et transferts vers les territoires ultramarins risqueraient d’arriver au compte-goutte. Pour la Guadeloupe, dont une part significative de l’activité dépend directement ou indirectement de la commande publique et des aides sociales, l’effet serait brutal.

    Une mondialisation sous tension : le repli des économies périphériques

    Il faut aussi prendre en compte la recomposition géopolitique en cours. La mondialisation, telle qu’elle s’est structurée depuis trois décennies, cède le pas à des logiques de rapports de force et de sécurisation des approvisionnements. Les échanges deviennent plus transactionnels, le « donnant-donnant » s’impose, et l’aide au développement pourrait diminuer au profit d’intérêts stratégiques immédiats. Dans ce contexte, les économies périphériques et dépendantes sont les premières exposées. La Guadeloupe, insérée dans un espace caribéen marqué par de fortes vulnérabilités, pourrait subir les contrecoups d’un repli généralisé.

    L’inflation, impôt invisible et catalyseur de tensions sociales

    Y aura-t-il un avant et un après la guerre en Iran pour la croissance guadeloupéenne ? Tout porte à croire que oui, et dans un sens défavorable. La structure même de l’économie locale — faible base industrielle, dépendance énergétique, poids du secteur public, tissu entrepreneurial fragile — la rend particulièrement sensible aux chocs exogènes. L’inflation agit comme un impôt invisible qui rogne les marges des entreprises et le revenu réel des ménages. Dans un tel environnement, la moindre étincelle sociale peut embraser un territoire où les tensions liées au coût de la vie sont récurrentes.

    Conclusion : Pour un changement radical de paradigme économique

    La crise actuelle agit comme un révélateur. Elle rappelle la dépendance structurelle à des goulets d’étranglement énergétiques mondiaux et la fragilité d’un système peu diversifié. Si la Guadeloupe veut éviter une perte de vitesse durable, elle devra engager une réflexion profonde sur son paradigme économique : renforcer ses capacités productives locales à partir d’investissements massifs dans les énergies renouvelables, diversifier ses sources d’énergie, soutenir un entrepreneuriat résilient pour une véritable industrialisation et repenser la place de la dépense publique. À défaut, l’onde de choc venue du détroit d’Ormuz pourrait se transformer en séisme durable pour l’économie insulaire, marquant le début d’une décennie de croissance molle et de tensions sociales accrues.

    Jean Marie Nol Économiste et juriste en droit public

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