Un choix stratégique ancien : l’importation plutôt que la production locale
La question de l’alimentation animale sans OGM en Martinique met en lumière des choix stratégiques anciens, des arbitrages publics contestables et une utilisation problématique du Régime spécifique d’approvisionnement (RSA), dans un contexte de ressources financières limitées.
Depuis près de vingt ans, Madivial a fait le choix d’importer ses aliments pour le bétail, à la suite d’un conflit structurel avec la Martinique Nutrition Animale (MNA). Plutôt que de développer une capacité locale de fabrication, la coopérative a privilégié l’importation d’aliments finis, notamment via le silo de Ducos. Cette stratégie s’explique en grande partie par le partenariat avec la coopérative métropolitaine Maisadour, davantage intéressée par l’écoulement de sa production industrielle que par le développement d’une filière martiniquaise.
RSA et octroi de mer : une incompatibilité juridique structurelle
Ce choix entraîne un coût fiscal important : 15 % d’octroi de mer auxquels s’ajoutent 2,5 % de DAOM. Or, le RSA, déclinaison du programme européen POSEI, vise à compenser les surcoûts liés à l’éloignement et à l’insularité pour l’importation de matières premières agricoles, et non de produits finis.
Le droit européen interdit le cumul du RSA avec le différentiel d’octroi de mer, considéré comme une subvention équivalente. Dans le cas de l’alimentation animale, le différentiel est très marqué : 0 % + 1,5 % de DAOM pour l’aliment produit localement, contre 15 % + 2,5 % pour l’aliment importé.
Le levier du « sans OGM » : contourner l’obstacle réglementaire
C’est dans ce contexte que s’inscrit la stratégie de Madivial autour du segment « sans OGM », visant à démontrer l’absence d’offre locale afin d’obtenir une exonération d’octroi de mer et l’accès au RSA.
OGM : un débat idéologique plus que scientifique
Il convient de rappeler qu’aucune dangerosité des OGM n’est établie à ce jour. En revanche, les contraintes d’approvisionnement sont bien réelles : environ 77 % de la production mondiale de soja est génétiquement modifiée, ce qui rend l’approvisionnement en soja non OGM structurellement complexe.
Une capacité locale pourtant démontrée par MNA
Contrairement à certaines affirmations, MNA a démontré sa capacité à produire des aliments sans OGM pendant deux ans, grâce à une prime RSA spécifique intégrée au POSEI. Cette expérience a toutefois pris fin avec la flambée des prix des matières premières.
La flambée des matières premières et l’impasse du sans OGM
La guerre en Ukraine, anciennement quatrième exportateur mondial de maïs et cinquième de blé, a provoqué une hausse brutale des prix. La prime du soja sans OGM est passée de 60 à 200 euros par tonne, avant d’aboutir à une pénurie totale, contraignant MNA à revenir partiellement au soja OGM.
Une décision politique sous influence
En octobre 2024, Madivial a obtenu une délibération de la CTM exonérant d’octroi de mer les aliments sans OGM, sous condition de l’obtention du RSA. Cette décision a été prise malgré les courriers de MNA indiquant sa capacité à produire localement si une demande se manifestait.
Une demande RSA disproportionnée
La demande porte sur environ 6 700 tonnes importées, avec un RSA de 130 euros par tonne, alors que la production locale bénéficie d’un soutien inférieur et partiel dans le temps.
Un impact budgétaire lourd pour l’ensemble des filières
Si cette demande était acceptée à l’horizon 2027, elle représenterait 800 000 euros par an sur une enveloppe RSA de 4 millions d’euros, inchangée depuis plus de quinze ans et déjà insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins.
Un arbitrage politique incontournable
MNA continue de proposer une offre sans OGM à la demande, mais le surcoût rebute la clientèle. Généraliser cette production coûterait près d’un million d’euros par an. Derrière le débat technique se pose donc une question politique centrale : soutenir une filière locale de transformation ou subventionner durablement l’importation ?




