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    Sargasses. Le Robert en lutte : six heures de réunion pour arracher des solutions face à cette crise

    janvier 13, 2026Mise à jourjanvier 13, 2026Aucun commentaire
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    Après cinq jours de blocage, le collectif des riverains a obtenu vendredi une réunion marathon avec la Ville du Robert, Cap Nord, l’État, la CTM et le GIP Sargasses. Un accord opérationnel, matérialisé par la signature d’un protocole d’engagement commun après 6 heures d’échanges, a été signé avec des engagements concrets pris. Les barrages routiers sont donc levés, mais la vigilance reste de mise.

    C’était une réunion sous haute tension. Vendredi dernier, pendant plus de six heures, élus, représentants de l’État, responsables du GIP Sargasses et membres du collectif citoyen se sont affrontés, expliqués, parfois confrontés, dans la mairie du Robert. À l’issue de ce marathon, une convention a été signée. Mais au-delà des engagements sur le papier, c’est une autre victoire que le collectif a arrachée : celle d’avoir imposé l’urgence, la vérité et la dignité humaine au cœur du débat public.

    Depuis le début de la semaine, les habitants du Robert bloquaient les routes de leur commune. Leur ultimatum était clair : que tous ceux qui, de près ou de loin, gèrent la crise des sargasses en Martinique – la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), l’État, le GIP Sargasses, Cap Nord, la Ville – viennent enfin s’expliquer. Et surtout, qu’ils apportent des solutions. Pas des promesses. Des actes.

    Un ras-le-bol qui ne se tait plus

    « Quinze ans qu’on nous fait des promesses. Deux ans que le GIP Sargasses existe et on n’a rien vu de concret sur notre territoire. Maintenant, il faut de l’action, pas des paroles. »

    Mario Désirliste, président du collectif citoyen du Robert, a donné le ton dès le début de la réunion. Colère maîtrisée, mais fermeté absolue. « Nous sommes épuisés, je pense qu’il faudrait passer à autre chose et rapidement, passer avec des entreprises privées pour avoir des montages de filets rapidement et bien entretenus. Pas de bons de commande qui durent peut-être un mois, deux semaines, des marchés publics », a-t-il lancé. Derrière lui, des habitants aux visages marqués par la fatigue et l’exaspération.

    Certains ont témoigné de leurs maladies : AVC, crises d’asthme chez les enfants, appareils électroménagers détruits par les émanations toxiques. Une habitante a raconté comment elle et sa famille vivent enfermées depuis des semaines : « Je me suis mis à faire des AVC, des maladies. J’ai un enfant qui est devenu asthmatique. Deux fois l’ordinateur personnel qui est mort, mais personne ne prend ça en charge. Ça fait une semaine que mes enfants sont fermés dans une maison, je vous dis fermés, on ne peut pas ouvrir. »

    Puis, moment de grâce et de gravité mêlées, une collégienne a pris la parole. D’une voix posée mais déterminée, elle a lu un texte préparé avec ses camarades : « Les sargasses détruisent tout sur leur passage, elles détruisent notre santé avec des odeurs toxiques qui nous ont déjà rendus malades. Elles détruisent nos maisons, nos objets, nos voitures, nos commerces et notre qualité de vie. Cela fait beaucoup trop longtemps que cette situation dure, nous ne pouvons plus accepter de vivre comme ça. Ensemble, il faut nous lever. Ce combat est un combat pour la dignité, pour notre santé, pour l’avenir. »

    Le silence qui a suivi en disait long. Comment, en 2026, peut-on encore laisser des enfants grandir dans de telles conditions ?

    L’État et la CTM reconnaissent leurs limites

    « On ne peut plus se cacher derrière la saisonnalité. Les arrivages de décembre nous ont surpris. Il faut une action permanente, pas une gestion par séquences. »

    Étienne Desplanques, préfet de Martinique, a reconnu les failles du système actuel. « Nous avons eu tendance ces dernières années à considérer qu’il y a une séquence sargasses, puis une pause. C’est pour ça que j’ai demandé à mes équipes de ne pas lâcher le terrain. Pour nous, il n’y a pas de saison sans sargasses », a-t-il déclaré. Il a aussi évoqué la surprise provoquée par les arrivages massifs de fin décembre : « Honnêtement, on n’a pas forcément pris la mesure de l’ampleur du sujet. »

    Le président du conseil exécutif de la CTM, Serge Letchimy, a, de son côté, insisté sur la gravité sanitaire de la situation. « Il ne faut pas se leurrer : le drame est grave, les maladies vont s’exprimer chez les enfants, chez les femmes enceintes. On a un grave problème dans les écoles. Hier on a passé trois heures de débats et de discussions techniques au collège du Bourg », a-t-il rappelé. Il a annoncé que la collectivité allait délibérer sur des propositions en matière de santé, de social et d’éducation, notamment pour la prise en charge des personnes âgées.

    Farell François-Haugrin, maire du Robert, a rappelé l’engagement historique de sa commune, pionnière dans la lutte contre les sargasses depuis quinze ans. « Il était évident que la ville ne pouvait pas, elle seule, supporter le poids que constitue cette situation. Aujourd’hui, on n’a pas la possibilité de faire des logements pour sortir les gens de cette situation. C’est un vrai problème. »

    Des solutions annoncées, sous pression citoyenne

    « Vingt personnes mobilisées sur les barrages dès la semaine prochaine, quatre bateaux en mer, un expert spécialisé : c’est un changement d’échelle que nous imposons. »

    Face à cette pression, Frédérick Voyer, directeur du GIP Sargasses, a détaillé un plan d’action en plusieurs volets, à déployer dès la semaine suivante. Ce Dispositif opérationnel renforcé d’intervention massif, coordonné entre l’État, la CTM, le GIP Sargasses, la Ville du Robert et Cap Nord contre les sargasses au Robert confirme les engagements pris lors de cette réunion de crise et se traduisent par un dispositif composé de 6 points essentiels :

    1. Barrages anti-sargasses : déploiement accéléré et expertise renforcée

    Une équipe dédiée de 20 personnes est immédiatement mobilisée pour remettre en service et installer les ouvrages de protection maritime :

    • 6 à 10 jeunes du RSMA
    • 4 agents d’associations d’insertion (ACI Environnement et Territoires)
    • 5 agents bénévoles de la collectivité
    • 1 prestataire spécialisé

    Les objectifs de calendrier sont fixés de manière précise :

    • Baie Cayol : remise en eau dès la semaine suivante
    • Pointe-Hyacinthe / Sable-Blanc : dernière semaine de janvier
    • Pontaléry et Pointe-Lynch : d’ici fin février

    Parallèlement, le GIP Sargasses a engagé une assistance technique spécialisée avec la société V2O Marine, experte dans la pose de barrages.
    Cette mission, financée à 90 % par le GIP, porte sur un accompagnement opérationnel direct (4 000 € pour un mois d’expertise).

    L’objectif est d’assurer une pose fiable, durable et adaptée aux contraintes hydrodynamiques locales, afin d’éviter les défaillances passées.

    1. Collecte en mer : reprise immédiate sous pilotage de l’État

    La collecte en mer est relancée en urgence, sous la coordination de la Direction de la mer, dans l’attente du nouveau marché public prévu en mars.

    • 4 bateaux dédiés seront opérationnels dès la semaine suivante
    • 230 000 € ont été débloqués par l’État pour financer cette phase transitoire
    • Le dispositif est opéré via le GIP Sargasses, outil commun État–CTM

    Cette organisation permet de dissocier clairement :

    • une équipe dédiée au montage des barrages
    • une autre affectée exclusivement au ramassage en mer

    Ce qui garantit une continuité d’intervention sur tous les secteurs critiques du Robert.

    1. Collecte à terre : montée en puissance des moyens lourds

    Pour les sargasses échouées ou en décomposition, un dispositif terrestre renforcé est mis en œuvre :

    • Mobilisation de prestataires spécialisés
    • Déploiement de matériels lourds
    • Prise en charge à 90 % des coûts par le GIP Sargasses pour la commune

    Deux solutions de pompage sont actuellement à l’étude :

    • par la mer
    • ou depuis la terre
      afin de traiter les accumulations les plus difficiles d’accès.

    La récupération sera cependant conditionnée par :

    • le tirant d’eau
    • l’état des fonds marins
    • la sécurité environnementale
    1. Appui logistique massif de Cap Nord

    Cap Nord engage un soutien matériel immédiat, entièrement financé par l’intercommunalité :

    • 8 bennes de 20 m³
    • 3 camions de 26 tonnes
    • 18 équipements lourds au total

    Selon son représentant :

    « Le président Bruno Nestor Azérot suit cette affaire de très près. Cap Nord prend à sa charge le coût financier de la mise à disposition de ces matériels, afin que cela ne pèse pas sur les communes. »

    1. Dispositif de suivi et protection des populations

    L’accord prévoit aussi un cadre de gouvernance et de protection sanitaire durable :

    • Création d’un groupe de suivi associant riverains, collectivités et services de l’État, chargé :
      • du suivi des actions
      • de l’information régulière des habitants
    • Plan spécifique pour la communauté scolaire, élaboré avec :
      • le Rectorat
      • la CTM
      • la Ville du Robert
    1. Leviers politiques et institutionnels

    Enfin, la CTM s’est engagée à :

    • Saisir les parlementaires afin de porter au niveau national :
      • la question de la fiscalité locale
      • la reconnaissance de l’état de catastrophe sanitaire
    • Présenter prochainement une délibération en Assemblée plénière pour soutenir les personnes impactées

    Mais le collectif citoyen n’a pas désarmé. Mario Désirliste a immédiatement exigé que ces engagements soient « actés et signés ». « Quand vous dites dix-huit matériels, à la sortie d’ici, il faudra que ça soit acté et signé. Il ne faut pas venir mentir au peuple. Cap Nord a mis à disposition du Robert un camion et un Carat-Four, ils ont récupéré pendant la grosse pression de sargasses. On a vidé des sargasses avec des camionnettes. »

    Une question politique et sanitaire

    « Les procédures de marchés publics nous paralysent. Peut-être faut-il aller vers un état d’urgence sanitaire pour débloquer la situation et agir vite. »

    Au-delà des aspects techniques, la réunion a posé une question de fond : faut-il déclarer l’état d’urgence sanitaire pour se libérer des lourdeurs administratives, notamment des procédures de marchés publics ? Serge Letchimy l’a évoqué explicitement : « Ne faut-il pas aller beaucoup plus loin pour nous libérer des procédures un peu trop compliquées sur les marchés publics pour pouvoir répondre beaucoup plus rapidement ? Ça s’appelle l’état d’urgence sanitaire. »

    Le préfet a reconnu que « le temps nécessaire à l’action » était un frein majeur, insistant sur la nécessité de « dire la vérité » et de « donner les bonnes dates plutôt que des dates qui ne sont pas vraies ».

    L’indemnisation, un dossier renvoyé au niveau national

    Très attendue par les riverains, la question de l’indemnisation des biens endommagés n’a pas trouvé de solution immédiate. Le GIP Sargasses s’est engagé à porter le sujet auprès des parlementaires et de l’État. « Il faut réfléchir à une façon de dédommager, que ce soit de manière directe ou via des dispositifs fiscaux », a indiqué Frédérick Voyer.

    Un suivi hebdomadaire sera mis en place pour s’assurer du respect des engagements et des délais annoncés. Une perspective qui a conduit le collectif à lever la mobilisation. « Tous les barrages ont été levés sur la commune du Robert », a confirmé Gaël Bullet, vice-président du collectif sargasses Robert.

    Le collectif, lui, ne lâchera rien. « Tant que des solutions concrètes, durables et efficaces ne seront pas mises en place, notre mobilisation continuera », avait martelé Mario Desirliste en début de réunion. Un message repris en chœur par les habitants présents. Concernant la tenue du carnaval, Gaël Bullet a prévenu : « Ce sont les Robertins qui ont décidé qu’il n’y aura pas de carnaval. S’ils veulent le faire, nous, on s’en lave les mains. »

    Changer d’échelle, changer de méthode

    Ce qui s’est joué au Robert dépasse une simple réunion de crise. C’est l’affirmation collective que les sargasses ne peuvent plus être gérées comme un aléa temporaire, mais comme un fait durable exigeant une réponse permanente, coordonnée et sincère.

    Au-delà des barrages, des camions et des conventions, c’est une bataille pour la dignité humaine face à un fléau environnemental devenu structurel. Une mobilisation qui ne s’arrête pas au périmètre communal : Le François, Trinité, Vauclin et toutes les communes touchées sont concernées. La question d’un état d’urgence sanitaire spécifique aux sargasses est désormais posée, pour assouplir les règles de la commande publique et agir plus vite.

    Serge Letchimy, se félicite de l’aboutissement de cet accord, fruit d’un travail approfondi et d’une volonté commune de répondre, de manière concrète et coordonnée, aux enjeux environnementaux, sanitaires, économiques et sociaux générés par les échouements de sargasses.

    « S’il est utile de rappeler que la mer reste une compétence régalienne de l’Etat, cette démarche illustre la volonté partagée de tous les acteurs publics de conjuguer concertation, expertise technique et proximité au bénéfice des Robertins et plus généralement des riverains impactés par les échouements », a-t-il déclaré.

    « La dignité n’attend pas les marchés publics. »

    Le Robert a forcé le tempo. Reste maintenant à transformer les engagements en actes, et les actes en résultats visibles. Pour que, enfin, respirer cesse d’être un privilège.

    Convention signée, barrages levés, mobilisation en veille : rendez-vous est pris chaque semaine pour vérifier que les promesses deviennent enfin réalité.

    Philippe Pied


    Les sargasses, un fléau sanitaire et environnemental

    Qu’est-ce que les sargasses ? Ce sont des algues brunes pélagiques (Sargassum fluitans et Sargassum natans) qui dérivent en surface au gré des courants marins, sans racines ni attache. Depuis 2011, des échouements massifs touchent les Antilles françaises, occasionnant des impacts sanitaires, socio-économiques et environnementaux.

    D’où viennent-elles ? Une équipe scientifique a démontré qu’elles provenaient du Nord de l’embouchure de l’Amazone, au large du Brésil, ce qui explique pourquoi les côtes atlantiques sud de l’archipel sont principalement touchées. Depuis 2011, la Martinique et les îles de la Guadeloupe sont affectées par des échouements à répétition, qui ont culminé avec une vague exceptionnelle en 2018.

    Quels dangers ? Une fois échouées sur les plages, les algues entrent en putréfaction et dégagent du sulfure d’hydrogène et de l’ammoniac, pouvant provoquer irritations des yeux, conjonctivites, rhinites, toux et douleurs thoraciques. Une toxicité indirecte liée à la présence de micro-organismes et de métaux lourds est également suspectée, avec des études récentes décrivant des conséquences délétères sur les systèmes cardiovasculaires, respiratoire et neurologique. Les habitants du littoral sont également victimes de l’altération d’appareils électriques et électroniques, ainsi que du noircissement de matériaux de construction comme le carrelage et la peinture.

    Philippe Pied

     

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