Écrit au XVIe siècle, le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie résonne avec une force particulière dans nos territoires ultramarins, où la relation au pouvoir central demeure marquée par l’histoire coloniale, la dépendance institutionnelle et la fragilité démocratique.
La Boétie rappelle que la domination ne repose pas seulement sur la contrainte, mais sur le consentement, souvent résigné, de ceux qui obéissent. L’habitude, la peur de perdre des acquis, les petits privilèges accordés à quelques-uns et la fragmentation sociale entretiennent une forme de soumission acceptée.
Dans les outre-mer, cette mécanique se traduit par une délégation excessive du pouvoir, une faible appropriation citoyenne des décisions publiques et une tendance à attendre de l’État central les solutions aux crises sociales, économiques ou environnementales. Le pouvoir se maintient alors moins par la force que par l’abandon collectif de la responsabilité politique.
La Boétie n’appelle ni à la rupture violente ni à l’insurrection, mais à un geste fondamental : le retrait du consentement passif.
Refuser l’obéissance automatique, exiger la transparence, renforcer le contrôle citoyen et assumer pleinement la démocratie locale constituent aujourd’hui des actes politiques majeurs.
Dans des sociétés ultramarines en quête d’émancipation réelle, le message est clair : la liberté ne se décrète pas, elle se pratique. Elle suppose lucidité, courage civique et capacité collective à ne plus confondre protection et dépendance.
Gérard Dorwling-Carter




