Dominica Newspaper
Après des années de progrès fragiles et inégaux, la région affiche désormais, pour la première fois depuis plus de dix ans, une tendance claire et soutenue : la sous-alimentation est passée de 7 % en 2021 à 6,2 % en 2023, selon le dernier rapport sur l’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde 2024 de la FAO et de ses agences partenaires. Cela signifie que 4,3 millions de
personnes ne souffrent plus de la faim et que plus de 37 millions sont sorties d’une insécurité alimentaire modérée ou sévère. Pour la première fois, l’Amérique latine et les Caraïbes se situent sous la moyenne mondiale pour cet indicateur clé.
Ce résultat n’est pas un hasard. Il est le fruit de décisions audacieuses, de politiques publiques innovantes et d’une coopération régionale solide. La région démontre qu’avec une volonté politique, des investissements sociaux et une vision prospective, la faim n’est pas une fatalité. C’est un choix.
Pendant la pandémie, les pays d’Amérique latine ont mis leurs capacités à l’épreuve : plus de 460 mesures de protection sociale ont été activées pour amortir l’impact de l’effondrement économique. Environ 60 % de la population régionale a bénéficié d’une forme d’aide, allant des transferts monétaires à la distribution directe de nourriture. Et lorsque l’inflation a fortement impacté
les prix des denrées alimentaires de base, de nombreux gouvernements ont réactivé ces filets de sécurité. L’Amérique latine n’a pas seulement résisté : elle a appris, s’est adaptée et s’est protégée.
Les programmes d’alimentation scolaire sont un exemple emblématique de cette transformation. Plus de 80 millions d’enfants bénéficient de repas à l’école grâce à une politique intégrant nutrition, éducation et développement rural. Grâce au Réseau pour une alimentation scolaire durable (RAES), promu par la FAO et le Brésil, auquel participent le Belize, Sainte-Lucie, Saint-Kitts-et-Nevis et le Suriname, plus de 23 000 écoles ont été transformées en espaces de sécurité alimentaire. Plus de 9 000 agriculteurs familiaux ont été intégrés aux systèmes de marchés publics, renforçant ainsi les économies locales. Il ne s’agit pas seulement d’une politique sociale, mais d’une politique économique judicieuse.
Des initiatives comme Main dans la Main reflètent également une nouvelle façon de penser le développement : identifier les territoires dotés d’un potentiel agricole mais englués dans la pauvreté et mobiliser des investissements publics-privés pour libérer ce potentiel. Il s’agit d’un engagement à garantir que personne, ni aucun territoire, ne soit laissé pour compte.
Bien sûr, des défis subsistent. Les Caraïbes continuent d’afficher des niveaux élevés de sous-alimentation. Les femmes et les populations rurales sont toujours confrontées à des inégalités persistantes. Mais cette fois, la région ne se contente pas de réagir : elle anticipe, planifie et exécute. Elle prend les devants.
Et elle n’est pas seule. L’Alliance mondiale du G20 contre la faim et la pauvreté, dirigée par le Brésil avec le soutien technique de la FAO, offre une plateforme pour apporter ces solutions régionales au monde. L’Amérique latine n’est plus seulement un bénéficiaire d’aide : elle est une source de solutions mondiales.
Dans un monde où les ressources suffisent à nourrir tout le monde, la faim est une tragédie créée de toutes pièces. L’Amérique latine et les Caraïbes prouvent qu’elle peut être éradiquée.
Aujourd’hui, la région la plus inégalitaire du monde nous livre l’une des leçons les plus marquantes : avec détermination, innovation et coopération, l’objectif Faim Zéro d’ici 2030 n’est pas une utopie. C’est un engagement réalisable. C’est un avenir qui a déjà commencé.
Máximo Torero Cullen est économiste en chef de la FAO, sous-directeur général et représentant régional par intérim pour l’Amérique latine et les Caraïbes.




