La Martinique est arrivée à un point de bascule. Les constats sont connus, les diagnostics partagés, les limites du modèle actuel évidentes. Ce qui manque désormais n’est ni l’expertise ni les outils, mais la volonté d’opérer un choix politique clair.
Deux leviers existent, parfaitement identifiés mais trop souvent dissociés : la zone franche douanière et l’octroi de pouvoirs normatifs adaptés au territoire. Pris ensemble, ils peuvent constituer le socle d’un véritable décollage économique.
La zone franche douanière n’est ni une exception ultramarine ni un privilège. C’est un outil standard du commerce international, utilisé au sein même de l’Union européenne pour favoriser la production, la transformation locale et l’export. Appliquée à la Martinique, elle permettrait de réduire les coûts d’importation, de soutenir l’industrie locale et de positionner le territoire comme hub régional.
Mais la zone franche, seule, ne suffit pas. Sans agilité normative, elle reste enfermée dans un cadre pensé pour des économies continentales.
C’est ici qu’intervient le second levier : les pouvoirs normatifs encadrés. Ils permettent d’adapter certaines règles économiques, fiscales ou réglementaires aux réalités martiniquaises, sans rupture avec l’ordre juridique national et européen.
Ce cadre existe déjà. L’article 349 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) reconnaît explicitement les contraintes structurelles des régions ultrapériphériques et autorise des adaptations normatives ciblées. Ne pas les utiliser pleinement relève désormais d’un choix politique, non d’une impossibilité juridique.
L’argument des dérives est souvent invoqué pour justifier l’inaction. Il ne résiste pas à l’examen. Les risques peuvent être strictement encadrés par des contre-pouvoirs clairs : pouvoir de vérification du préfet, contrôle permanent de la Chambre régionale des comptes, suivi continu de Bercy, et transparence totale des dispositifs.
Autonomie ne signifie pas abandon du contrôle. Elle signifie responsabilisation, traçabilité et exigence de résultats.
Ce modèle n’est pas théorique. Il fonctionne ailleurs : zones économiques spéciales européennes, régimes portuaires différenciés, hubs logistiques internationaux. Partout, le succès repose sur la même équation : incitation économique + autonomie normative + contrôle renforcé.
Refuser aujourd’hui cette combinaison revient à accepter le statu quo : dépendance accrue aux importations, faible création de valeur, économie sous perfusion.
Assumer la zone franche et les pouvoirs normatifs, ensemble, c’est faire le choix d’une Martinique qui ne subit plus, mais qui organise son développement.
La question n’est donc plus technique. Elle est profondément politique. Et l’histoire économique montre une chose : les territoires qui décollent sont ceux qui osent décider.
Gérard Dorwling-Carter.




