Il y a 80 ans, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité la loi d’assimilation pour les quatre vieilles colonies. Aujourd’hui décriée par certains, cette loi portée par Aimé Césaire fut bien davantage qu’un acte juridique : une affirmation d’égalité humaine. Maurice Laouchez en appelle à la lucidité collective pour assumer pleinement, enfin, les droits comme les devoirs qui en découlent.
Le 19 mars 1946, il y a 80 ans, nos aînés ne se sont pas trompés
Il y aura dans quelques jours 80 ans, l’Assemblée Nationale votait la loi d’assimilation pour la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion.
La célébration de cette date sera probablement discrète.
Aux yeux de beaucoup aujourd’hui, le concept d’assimilation doit être rejeté:
« Cachez ce mot que je ne saurais voir », dirait un disciple de Molière.
Nos aînés se seraient-ils trompés en obtenant après un siècle de revendication, que cette loi d’assimilation soit votée, à l’unanimité, par l’Assemblée nationale?
Auraient-ils placé les Quatre vieilles colonies dans une impasse historique?
La réponse est clairement « Non »!
Nos aînés, notamment le rapporteur Aimé Césaire, ont fait preuve d’une exceptionnelle clairvoyance.
L’assimilation est plus qu’un concept juridique; elle va plus haut que la départementalisation.
Elle est une affirmation d’égalité humaine, par des populations longtemps infériorisées sous le régime du crime colonial.
D’égalité humaine, oui, c’est-à-dire d’égalité de droits, mais aussi de devoirs.
Au nom de l’égalité, de nombreux Antillais ont, dès l’abolition de l’esclavage, réclamé, le droit et le devoir d’aller faire la guerre, et donc d’aller mourir, avec les soldats français; les monuments aux morts prouvent qu’ils ont été largement entendus.
Ils ont aussi réclamé l’égalité juridique et sociale, que l’Etat, dès le départ et jusqu’à ce jour, a toujours été colonialement lent à mettre en place.
Mais nous avons clairement négligé notre devoir d’organiser nous-mêmes notre économie, deuxième pilier, avec la culture, de toute société.
Aujourd’hui, l’urgence de cet effort de production économique est claire, davantage encore pour notre dignité que pour notre pouvoir d’achat.
Mais, et surtout, la loi d’assimilation nous aura donné une exceptionnelle opportunité, illustrée par les brillantes carrières de milliers d’entre nous: grâce à l’Europe comme base de lancement et d’expérimentation, l’opportunité d’exceller chez nous, et de féconder le monde de nos cultures métisses: un monde ré-inventé, où l’Être l’emportera enfin sur l’Avoir.
Maurice Laouchez




