Quelques jours après la publication sur Mediapart de sa tribune intitulée « Laboratoire d’un ultralibéralisme dévastateur : les confettis de l’Empire », Mireille Pierre-Louis a accepté de répondre aux questions d’Antilla. Spécialiste des finances publiques et des territoires ultramarins, elle y livre son analyse des choix budgétaires de l’État, de leurs effets concrets sur les Antilles et plus largement sur l’Outre-mer, et des mécanismes structurels qui alimentent la crise sociale, économique et démographique que connaissent ces territoires.
Dans cette interview, elle revient sur les idées reçues, démonte les discours dominants et appelle à regarder frontalement les responsabilités politiques en jeu.
Dans votre article, vous parlez des territoires ultramarins comme d’un « laboratoire » de l’ultralibéralisme. Pour quelle raison ?
En général, je n’aime pas tellement utiliser de concepts qui peuvent paraître partisans, mais cette fois je n’avais pas le choix, car là était l’origine profonde du mal dont nous souffrons, et il fallait bien lâcher ce mot. L’ultralibéralisme, c’est, je cite, un « système économique, politique prônant le libéralisme absolu, encourageant l’économie de marché, l’entreprise privée, le désengagement de l’État ». Auparavant, j’évoquais seulement le désengagement budgétaire de l’Etat, parfois en le liant au besoin de financement de la politique de compétitivité économique de la France. Mais j’en parlais comme quelque chose de réversible. Or, en faisant le lien entre le désengagement de l’Etat et le virage ultralibéral pris par la France ces dernières années, apparaissait alors l’irrémédiable, la situation des DOM ne pouvait qu’empirer. D’où cette alerte.
Et il ne faut pas compter sur une alternative démocratique pour en France changer la donne, le RN étant plus libéral que jamais, et ce tournant ultralibéral résulte lui-même de l’intégration européenne, promu par le tandem Mitterrand/Delors, avec une soumission aux marchés financiers. Ces derniers, à travers l’arme de la dette, poussent les États à mettre en place des réformes structurelles, semblables aux ajustements structurels du FMI avec leur lot de misère sociale et de migrations, comme on peut déjà l’observer aux Antilles.
Curieusement, aux Antilles, il y eut une grande méfiance à l’égard de « l’Europe », immortalisée dans la chanson de carnaval « Voici le loup ! ». Une méfiance qui, en dépit de la modernisation permise par les Fonds structurels, apparaît aujourd’hui fondée. En effet, le déclin des Antilles a véritablement débuté avec les transferts de lourdes charges sociales de l’Etat vers les collectivités locales lors de la décentralisation de 2003, pour justement éviter les déficits excessifs de l’Etat, proscrits par Bruxelles. Résultat : chaque année la CTM se prive de 150 Millions d’euros destinés à financer les compétences sociales de l’Etat, au lieu de les consacrer aux besoins de l’île.
Curieusement depuis une dizaine d’années j’avais résolument tourné le dos aux Fonds européens qui sont ma spécialité, pressentant que cette manne financière était à double tranchant. Maintenant je me rends compte qu’ils représentent en réalité « la carotte », ils avaient d’ailleurs clairement pour mission de faciliter l’élargissement de l’Europe.
L’Outremer est un « laboratoire » car nous sommes plus vulnérables et les ravages de cette politique ultralibérale y sont démultipliés et sont déjà observables aux Antilles. 80% du PIB des Antilles résulte de la dépense publique, si on réduit la dépense publique, le privé ne prendra pas le relais mais va s’effondrer car il fait face à des handicaps structurels que l’Etat doit obligatoirement compenser.
Ce n’est pas non plus un hasard que cette politique ultralibérale s’attaque à la compétitivité des entreprises locales, en rabotant les charges patronales de la LODEOM. En effet, en Afrique, les ajustements structurels ont conduit à la ruine de la production locale pour favoriser les grandes entreprises occidentales. Le néolibéralisme ne favorise pas le secteur privé dans son ensemble, mais répond aux intérêts immédiats des grandes entreprises internationales.
Que recouvre précisément cette notion dans le contexte français actuel ?
Concrètement en France ce virage ultralibéral se concrétise par des déficits budgétaires intentionnels via notamment des allègements fiscaux massifs (plus de 76 milliards d’euros) pour justifier ensuite la baisse des dépenses publiques, autrement dit la « casse sociale », où les plus démunis, tels les DOM doivent littéralement « rendre gorge » pour renflouer les caisses de l’Etat. Les menaces ciblées du Projet de loi de finances pour 2026 doivent résonner comme un ultime avertissement pour l’Outremer.
N’y a-t-il aucun garde-fou ?
Oui, en France il existe malgré tout quelques garde-fous pour préserver les territoires les plus fragiles du désengagement de l’Etat, telle la péréquation nationale ou la création d’un fonds de sauvegarde pour les Départements. Mais des dispositifs spécifiques de soutien n’ont pas été activés pour les DOM, comme cela avait été préconisé par un rapport. Les DOM sont clairement laissés pour compte, avec des conséquences désastreuses que nous subissons déjà en Martinique.
Vous remettez en cause l’idée selon laquelle l’Outre-mer coûterait cher à l’État. Quels chiffres ou indicateurs vous paraissent les plus révélateurs pour déconstruire ce discours ?
Actuellement le budget de l’Etat consacré à l’Outremer, représente à peine 22 Md€ sur 660 Md€, soit 3.6% du total, ce qui est inférieur à leur poids démographique. De même les prestations sociales versées aux ménages des DOM s’élèvent à 8 milliards d’euros, ce qui, contrairement aux idées reçues, ne représente environ qu’1% du budget de la sécurité sociale.
Le modèle social des DOM ne menace donc pas l’équilibre budgétaire de la France.
Restent les « dépenses fiscales » de l’Etat, comme l’absence de TVA à 20%, elles représentent 5 Md€ en 2025.
Les chiffres sont le nerf de la guerre. Le problème avec l’outremer c’est qu’il y a beaucoup de préjugés. Ainsi, l’an dernier, une tribune très largement médiatisée laissait entendre qu’il faudrait que la France sacrifie 30% de son PIB pour remettre à niveau les DOM, soit 900 milliards d’euros.
Conclusion : le rattrapage des DOM serait du domaine de l’impossible, autant y renoncer et s’investir dans le développement « endogène » promu par l’Etat après 2009 car il ne pèserait pas sur son budget. Autant dire qu’il s’agit là de la voie royale vers la paupérisation, à moins d’opter pour un autre mode de vie.
En définitive, avec l’Outremer, la France s’octroie un statut de puissance à moindre frais. En effet, elle investit à peine une dizaine de milliards d’euros nets dans ces territoires, vu que les Ultramarins contribuent au budget de l’Etat.
Et si le budget de l’Etat est déficitaire en outremer, il l’est également pour la France entière.
Et si les Outremers étaient indépendants, et s’ils choisissaient de vivre comme actuellement, sur la base de la même approche de ce que le monde moderne qualifie « d’économie », ils feraient comme les autres Etats, ils vivraient de la dette.
Vous soulignez des écarts importants entre l’Hexagone et l’Outre-mer en matière de prestations sociales. Comment ces écarts se traduisent-ils concrètement dans la vie quotidienne des populations concernées ?
Les prestations sociales versées aux ménages, ramenées au nombre d’habitants, sont deux fois plus faibles en moyenne dans les DOM. Cela s’explique par le fait qu’avec le chômage de masse, les cotisations sociales y sont plus faibles. Aussi, contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu une solidarité nationale plus accentuée pour les DOM afin de contrebalancer les limites structurelles du marché du travail. Il s’agit là d’une « promesse républicaine » non tenue.
Plus grave, c’est dans le domaine des prestations sociales que les disparités de revenus avec l’Hexagone sont les plus marquées. D’où la prégnance de la problématique de la « vie chère », mise sur le compte de la Pwofitasyon aux Antilles : la partie émergée de l’iceberg.
En définitive, la misère sociale représente une véritable « bombe à retardement » de l’Assimilation, prête à exploser à la moindre étincelle, car tout un pan de la société aura été clairement laissée pour compte par « la République », tout en subissant de plein fouet les retards persistants de l’Etat que nous avons évalués à plus de 3 Md€/an (continuité territoriale a minima, non indexation des prestations sociales sur le coût de la vie, pas de « tarif unique » en matière de communication…).
Cette somme représente un coût social exorbitant pour les ménages, source de « vie chère ». Par conséquent, les DOM contribuent déjà à réduire le déficit de l’Etat et les efforts qui leurs sont demandés dans ce but ne peuvent que les transformer en dynamite, comme en témoignent les révoltes sociales récurrentes depuis 2009.
Votre analyse distingue certaines évolutions budgétaires selon les territoires ultramarins. Comment expliquez-vous ces différences, notamment entre les Antilles, la Guyane, Mayotte ou La Réunion ?
Dans un contexte de maitrise des dépenses publiques, la stratégie budgétaire de l’Etat consiste à prioriser ses interventions sur Mayotte et sur la Guyane, en se servant des Antilles comme variables d’ajustement au lieu de mutualiser cet effort avec la « Métropole », qui elle, par contre profite de la puissance de l’Empire.
Conséquence : depuis 2018, le budget de l’Etat a été quasiment gelé pour les Antilles, contre une augmentation de +45% et + 68% pour la Guyane et Mayotte, et +27% pour la Réunion. Par rapport à la Réunion, par exemple, le manque à gagner des Antilles représente 1.3 Md€ par an, ce qui est considérable et explique l’asphyxie de ces territoires.
Cela signifie que l’on fait supporter le rattrapage des DOM les plus fragiles à des territoires en déclin et vieillissants car leur jeunesse s’en va servir de main d’œuvre dans la « Métropole ». Mais ce n’est pas tout, les Antilles servent aussi de soupape budgétaire face aux soubresauts de l’Empire de toute nature : climatiques (cyclones à Mayotte et à la Réunion), sociales (révoltes en Guyane et Mayotte, voire en Nouvelle Calédonie) ou institutionnelles (départementalisation de Mayotte).
De fait, si l’Etat, sous la pression populaire, a concédé un plan d’urgence d’un milliard d’euros à la Guyane en 2017 (idem pour Mayotte) et a repris en 2018 à son compte le financement du RSA dans tous les DOM sauf aux Antilles, dans ces îles, les crises de 2020 et 2024 demeurent sans réponses.
Seul le rebond de l’octroi de mer à partir de 2022 a permis aux collectivités martiniquaises, donc à la Martinique, d’éviter de sombrer complètement, et cela dans le déni et la plus grande indifférence de l’Etat. Dans ces conditions, la sauvegarde d’un levier fiscal est une priorité absolue pour tous les DOM.
Vous évoquez l’idée que l’Outre-mer servirait de « variable d’ajustement » budgétaire. Selon vous, cette logique est-elle assumée politiquement ou relève-t-elle plutôt d’un angle mort des politiques publiques ?
Que les DOM constituent un angle mort des politiques publiques en France découle d’une politique clairement assumée. Parce que tel que vu plus avant, l’idée que les DOM serait un gouffre budgétaire est faussement entretenue, donc ni les administrations centrales, ni les parlementaires, ni le gouvernement ne veulent s’intéresser de trop près à leurs enjeux pour ne pas y engloutir les finances publiques.
Du coup, si pour Eurostat, les DOM sont de loin les régions les plus pauvres « d’Europe » et sont prioritaires dans la politique de cohésion européenne, en France les administrations centrales vont rechercher de manière dérogatoire des critères qui enrichissent artificiellement les DOM pour les marginaliser dans la politique de cohésion nationale et les faire contribuer davantage au redressement des finances publiques. Et pour couronner le tout, un discours officiel bien rôdé, viendra soutenir que les dérogations concernant les DOM témoignent de la solidarité de la Nation à leur égard.
J’ai commencé à travailler sur ces sujets quand je me suis aperçue que personne ne le faisait, ni ne le ferait à notre place. Mon travail se limite aux finances locales, mais si chaque secteur était décortiqué de la même manière, cela révèlerait bien des surprises.
Dans quelle mesure ces choix budgétaires et économiques participent-ils, selon vous, aux tensions sociales récurrentes observées dans plusieurs territoires ultramarins ?
Ces choix budgétaires participent aux tensions sociales récurrentes, et 2009 n’était que la réplique de la décentralisation sociale de 2003, comme je l’ai évoqué plus avant. Les crises iront crescendo aux Antilles où l’Etat n’est pas encore intervenu budgétairement pour réparer ses manquements.
Ces choix budgétaires expliquent en grande part l’effondrement démographique des Antilles et favorisent le phénomène des migrations croisées, les collectivités ne pouvant servir de soupape sociale, et le secteur privé, selon l’INED, pratiquant des embauches « affinitaires ».
Ces choix budgétaires facilitent l’implantation du narcotrafic, car la nature a horreur du vide. Selon le journal le Monde le narcotrafic injecterait 400 M€ dans l’économie martiniquaise, ce qui correspond à environ la moitié du désengagement budgétaire de l’Etat dans l’île. Autant dire que si ce désengagement s’accentue, nous ne pourrons échapper à l’enfer du narcotrafic.
Votre article adopte un ton volontairement critique vis-à-vis de l’action de l’État. Quels leviers concrets pourraient être actionnés pour inverser cette dynamique de désengagement que vous décrivez ?
Je pars toujours du principe qu’identifier les racines d’un mal, c’est déjà une grande partie de la solution. Le problème c’est qu’avec l’Etat nous avons affaire à un partenaire qui n’est pas loyal, donc difficile d’établir un dialogue constructif avec les administrations centrales et le gouvernement. Je reprends à mon compte l’expression d’un chef d’entreprise qui disait « comment faire confiance à un partenaire qui n’est pas loyal ? » en parlant de l’Etat. L’expression m’a semblé très juste. Donc, il n’y a qu’un rapport de forces qui peut inverser le cours de l’histoire, et ce rapport de force, seules les populations peuvent l’imposer, comme en Guyane en 2017, où tout ce que la Guyane comptait comme personnes valides est descendue dans la rue pour dire à l’Etat : NOU BON KE SA !
Après 2017, j’attendais la survenue d’une crise sociale aux Antilles pour qu’enfin l’Etat soit mis face à ses obligations. Il y en a eu deux, mais comme en 2009, les manifestants restent braqués sur l’étincelle qui a provoqué l’explosion sociale sans exiger de l’Etat de véritables réparations pour ses arbitrages financiers. Du coup, la crise qui par définition a comme vertu d’apporter des solutions structurantes, devient une crise pour rien (comme un touloulou initil pendant le carnaval) et aggrave la situation économique et sociale des territoires, ce qui refroidit toute velléité de repartir dans la rue.
Concrètement, il ne suffirait que de quelques amendements à une loi de finances pour que d’un seul coup la Martinique respire, comme cela a été le cas en Guyane après 2017.
Et contrairement aux croyances, l’Etat a les moyens d’éteindre l’incendie aux Antilles. En effet, cette année dix milliards d’euros supplémentaires ont été consacrés aux « priorités de la Nation », dont la moitié pour la Défense. Pour rappel, l’Etat prélève chaque année 600 millions d’euros de TVA aux Antilles (absente en Guyane et à Mayotte) qui devra tôt ou tard être restitué aux territoires pour éviter leur faillite. Il s’est bien privé de 76 milliards d’euros de recettes fiscales ces dernières années sans sourciller.
Enfin, quel rôle les médias, les élus locaux et la société civile peuvent-ils jouer pour faire évoluer le regard porté sur l’Outre-mer et replacer ces territoires au cœur du débat national
Le regard porté sur l’Outremer ne pourra pas changer vu qu’il résulte d’un système de domination qui perdure en dépit de la dite « Assimilation ». Et, il ne faut surtout pas placer l’Outremer au centre du débat national, car c’est exactement le programme du RN pour les diluer complètement dans la masse, en supprimant les derniers garde-fous qui les préservent comme l’octroi de mer pour faciliter la pénétration de multinationales de l’Hexagone, en quête éperdue de nouveaux marchés, au prétexte de faire baisser les prix.
Votre analyse peut susciter des réactions fortes, notamment dans l’Hexagone ?
Les propos que je tiens dans cette alerte, sont, quand au fond, les mêmes que je tiens à mes interlocuteurs en France hexagonale depuis une décennie. Et, puisqu’ils reposent sur un travail technique rigoureux et inédit, ils ont été plutôt bien accueillis et ont ouvert la voie à la première réforme de la DGF des communes d’outremer en 2020. Ceci dit, cette réforme a été une manière de solde de tout compte, aussi mon verbe se fait-il plus incisif et ne s’adresse plus à Paris, qui a l’art et la manière de faire la sourde oreille quand il s’agit d’anciennes colonies, mais aux Ultramarins pour qu’ils prennent leur destin en mains.
Paradoxalement, les réactions les plus hostiles que j’ai subies venaient surtout de par chez nous. Soit cette hostilité est verbalisée comme cela a pu être le cas avec certains élus qui préfèrent s’auto-flageller plutôt que de critiquer l’Etat ou même l’AFD, leur principal bailleur de fonds. Soit elle prend la forme d’un silence, je pense notamment aux media, en pays dominé dirait Patrick Chamoiseau, qui soit me boycottent ou relaient l’information d’une manière ou wèy ou pa wèy, même s’il arrive que quelques âmes aventureuses parviennent à braver l’interdit. En tout cas, cette alerte générale a été relayée en Une de Médiapart.
Quels sont, selon vous, les malentendus les plus tenaces lorsqu’on parle de l’Outre-mer dans le débat public national ?
Les préjugés les plus tenaces concernent l’octroi de mer, la prime de vie chère et la mauvaise gestion locales qui seraient responsables de tous les maux des DOM et de l’échec de l’Assimilation. Le plus grave c’est quand nous-mêmes nous incorporons la vision de l’Autre.
Au départ je pensais que ces préjugés résultaient de malentendus, puis je me suis rendu compte qu’ils cachaient des convoitises et étaient parfois construits de toutes pièces avec des statistiques biaisées. Mais la grande leçon que j’aurai apprise avec les finances locales, c’est l’existence d’un racisme systémique en France. Dans ma note, je n’ai employé que l’euphémisme « discrimination structurelle » pour éviter tout concept qui paraitrait subjectif, mais selon l’ONU, cette discrimination découle d’un racisme systémique qui serait hélas le sort réservé aux descendants des peuples qui ont été colonisés et esclavagisés.
Et comme le rappelait Monchoachi dans Retour à parole sauvage, « Le racisme est une idéologie qui porte et conforte un système de domination plus présent et plus pesant qu’il n’a jamais été ; il ne saurait en aucun cas être ramené ou réduit à des comportements individuels ».
Pour conclure, si vous deviez adresser un message aux décideurs publics, mais aussi aux citoyens ultramarins eux-mêmes, quel serait, selon vous, l’enjeu prioritaire à comprendre et à affronter dans les années à venir ?
Le maître mot serait l’Unité, or la Martinique est la terre des divisions. Cette unité est donc difficile à construire dans une société historiquement fracturée, et qui l’est également aujourd’hui par le jeu électoral. Cette division inhérente à une manière de démocratie permet d’ailleurs le maintien de l’ordre établi, et dans notre cas de figure, le maintien du désordre établi.
Mais il est des moments où l’histoire impose l’unité à tous. Quand adviendra ce moment, comme en Guyane en 2017, il ne faudra pas que la Martinique rate la cible principale de sa mobilisation. Ce ne sera donc pas le moment de faire des palabres, des ateliers et autres conciliabules pour élaborer des projets de toute nature pour se projeter.
En attendant, ce temps de grâce, qui ne se décrète pas, il faut que les medias jouent leur rôle d’éveil de conscience avec des « paroles-qui-disent », que les entreprises qui disposent d’un puissant lobby le mettent au service de la Martinique au lieu d’alimenter les préjugés sur les collectivités à Paris, que les Martiniquais soient veillatifs, et que les élus cessent le double jeu s’agissant de l’octroi de mer leur seul outil d’autonomie actuel, et aussi cessent leur fuite en avant que l’Etat ne cesse de transformer en une « danse pour tourner bourrique » pour gagner du temps, pendant que les Antilles, et singulièrement la Martinique, sont en train de sombrer à la manière du Titanic.
La question du désengagement budgétaire de l’Etat doit donc être abordée de manière frontale en y associant toutes les composantes de la société, car le pas de côté nous mène droit dans le mur : à notre disparition.
Propos recueillis par Philippe Pied
Biographie de Pierre-Louis Mireille




