Une classe moyenne centrale dans la société guadeloupéenne
Au cœur de la société guadeloupéenne, la classe moyenne occupe une place singulière dont le poids économique et social ne trouve que peu d’équivalents dans l’ensemble de la région caraïbe. Le sujet ne sera pas traité ici pour la Martinique, en raison des différences structurelles liées notamment au poids historique de la classe supérieure des békés et mulâtres martiniquais.
Loin d’être une catégorie marginale ou en voie de dissolution, la classe moyenne constitue en Guadeloupe un socle central, numériquement, culturellement et symboliquement. Elle structure les dynamiques de consommation, d’éducation, de mobilité et de cohésion sociale de l’archipel.
Une définition statistique à adapter aux réalités locales
Par définition, la classe moyenne regroupe la population située entre les 30 % les plus modestes et les 20 % les plus aisés. En 2024, selon l’Observatoire des inégalités, elle correspond à des niveaux de vie mensuels compris entre 1 530 et 2 787 euros pour une personne seule, entre 2 300 et 4 200 euros pour un couple sans enfant, et entre 3 800 et 7 000 euros pour un couple avec deux enfants.
En Guadeloupe, ces seuils doivent être interprétés à l’aune des spécificités locales, notamment la sur-rémunération liée à la vie chère et au poids de l’emploi public, qui rehaussent mécaniquement les revenus nominaux. Rapportée à la structure sociale de l’archipel, la classe moyenne représente environ la moitié de la population.
L’héritage de la départementalisation et la montée des professions intermédiaires
Le cœur de cette classe moyenne est constitué de ce que l’Insee qualifie de professions intermédiaires : contremaîtres, artisans, commerçants, techniciens, enseignants, infirmières et une large part des agents de la fonction publique, notamment territoriale.
Ces professions se sont développées à partir des années 1970-1980, portées par la décentralisation, l’essor des services et la montée en puissance de l’emploi public. En 2024, elles représentent environ un tiers de l’emploi total, avec un salaire net moyen avoisinant 2 800 euros.
Une classe moyenne patrimoniale numériquement dominante
En utilisant les données patrimoniales les plus récentes, on peut estimer que 53,7 % des ménages appartiennent à la classe moyenne patrimoniale, contre 18 % aux classes supérieures et environ 30 % aux classes inférieures.
Un contraste marqué avec la France hexagonale
Cette solidité tranche avec la situation observée dans l’Hexagone, où la classe moyenne subit automatisation, stagnation des revenus et hausse du coût du logement. En Guadeloupe, ces mécanismes ont joué de manière atténuée grâce à la structure du marché du travail et à l’amortisseur public.
Vacances, mobilité et consommation comme marqueurs sociaux
En 2024, 46 % des Guadeloupéens déclarent partir en vacances, contre 34 % en 2000. Cette progression illustre la capacité croissante de la classe moyenne à faire du droit au départ en vacances une réalité concrète.
Voyager et posséder : les symboles d’une réussite intermédiaire
Le voyage, au même titre que la voiture et la propriété du logement, est devenu un marqueur symbolique fort de réussite sociale, signe d’une appartenance valorisée à la classe moyenne.
L’éducation comme rempart contre le déclassement
L’investissement massif dans l’éducation des enfants, souvent en France hexagonale ou à l’étranger, demeure au cœur des stratégies d’ascension sociale de la classe moyenne guadeloupéenne.
Contribution fiscale et malaise redistributif
La classe moyenne guadeloupéenne a le sentiment de contribuer davantage au système de redistribution qu’elle n’en bénéficie. Selon l’INSEE, les classes moyennes représentent 75 % des foyers fiscaux et près d’un milliard d’euros d’impôts directs et indirects.
Un pilier économique fragile mais décisif
Dans un espace caribéen souvent marqué par une forte polarisation sociale, la Guadeloupe se distingue par l’épaisseur de sa classe moyenne. Toute paupérisation de cette catégorie entraînerait un effondrement systémique de l’économie locale.




