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    Home » La langue cannibale de René Gorri.
    Actualité

    La langue cannibale de René Gorri.

    janvier 19, 2026Mise à jourjanvier 19, 2026Aucun commentaire
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    Une analyse du livre de Roland Gori Dé-civilisation. Les nouvelles logiques de l’emprise.
    La thèse centrale de Roland Gori est  radicale : la langue ne se contente pas de décrire le monde, elle le produit. Elle fabrique les pensées, modèle les affects et organise les formes de subjectivation. Lorsqu’elle est contaminée, la langue devient un instrument d’emprise.

    S’appuyant sur Victor Klemperer et son analyse de la LTI, la langue du IIIe Reich, Gori montre comment les régimes totalitaires imposent leur vision du monde par une modification progressive du langage ordinaire : prolifération de sigles, métaphores biologiques, mécanisation du vivant, inversion du sens des mots. Cette contamination linguistique agit comme un poison lent.

    George Orwell prolonge ce diagnostic en montrant que la dégradation du langage politique produit une pensée appauvrie, stéréotypée et mensongère, laquelle renforce en retour la dégradation de la langue. La langue n’est donc pas le simple reflet de la pensée : elle en est la matrice.

    À l’ère contemporaine, cette logique atteint un nouveau seuil avec le technofascisme : domination des slogans, des fake news, de l’écriture numérique dévitalisée et des algorithmes. La langue devient un outil de gouvernement des conduites, orientant les émotions plus que la raison.

    Dans les sociétés antillaises, la question du langage est historiquement et politiquement centrale. La domination coloniale s’est exercée aussi par la langue : disqualification du créole, hiérarchisation des parlers, intériorisation d’une langue de pouvoir perçue comme seule légitime.

    Aujourd’hui, le technofascisme décrit par Gori trouve un terrain favorable dans des sociétés fragilisées par les inégalités, la dépendance économique et la défiance institutionnelle. La violence sociale peut aussi être lue comme l’effet d’une parole publique défaillante, incapable de nommer justement les injustices.

    Réhabiliter une parole incarnée, plurielle et fidèle aux réalités locales devient ainsi un enjeu majeur d’émancipation politique et démocratique. JPB

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