Ci-dessous, le texte de la chronique traitée par Frédérique Dispagne dans le cadre de l’émission À Contretemps produite et animée par Gérard Dorwling-Carter.
Il y a toujours un lien entre la psychologie individuelle et la psychologie collective.
Ce que vit un individu ne naît jamais de nulle part. Il s’inscrit dans une histoire familiale, dans des récits transmis, dans des silences aussi. Et ces familles elles-mêmes prennent place dans une histoire plus large, celle d’un territoire, d’un peuple, d’une région.
Quand un choc historique n’est pas reconnu, il ne reste pas seulement dans les livres.
Il se diffuse. Il façonne des comportements, des peurs, des élans, parfois sans être identifié. L’individu en porte une part, la famille la relaie, la société l’organise ou la nie.
Ce qui se joue dans la psychologie individuelle se prolonge dans les familles, puis dans la psychologie collective. Le mémorial fait le lien.
Quand une violence n’a jamais été clairement reconnue, le psychisme s’adapte, mais il ne se libère pas. Ce qui n’a pas été intégré reste actif, sous forme de tension diffuse.
Redonner des noms, les inscrire, c’est restaurer le sentiment d’exister (narcissisme primaire). Sans cela, on avance, mais sans stabilité.
Mettre fin aux silences permet d’arrêter une transmission à l’aveugle (refoulement transgénérationnel). Ce qui est nommé devient pensable (symbolisation).
Offrir un lieu permet de fermer ce qui était resté ouvert (deuil blanc). La douleur cesse d’occuper tout l’espace (objet transitionnel collectif).
Déplacer la honte remet les choses à leur place (recadrage psychique). Elle n’appartient pas aux descendants, mais à l’histoire qui l’a produite.
Poser la mémoire crée un point d’appui (sécurité ontologique). L’histoire devient un repère, pas un poids.




