Une proposition de loi du sénateur Patient, adoptée en commission, qremet au premier plan une question longtemps contenue par la loi Hulot de 2017 : la possibilité d’une différenciation énergétique entre territoires ultramarins. Or, derrière une apparente unité politique, les réalités de la Guyane et des Antilles divergent profondément, tant du point de vue économique qu’environnemental et symbolique.
LA GUYANE : PROMESSE ÉCONOMIQUE ET RISQUE ÉCOLOGIQUE MAJEUR
En Guyane, le débat sur les hydrocarbures s’inscrit dans une trajectoire spécifique. Avant l’interdiction de 2017, plusieurs campagnes d’exploration offshore avaient mis en évidence un potentiel pétrolier significatif. Pour les élus locaux, ces ressources représentent un levier possible de désenclavement économique, de création d’emplois qualifiés et de recettes fiscales propres, dans un territoire marqué par un chômage structurel élevé et une forte dépendance aux transferts publics.
Toutefois, la Guyane concentre également des enjeux environnementaux exceptionnels. Son littoral et ses zones marines adjacentes abritent des écosystèmes parmi les plus riches et les plus fragiles de l’espace français. Une reprise des activités pétrolières exposerait ces milieux à des risques de pollution difficilement réversibles, dans un contexte où les capacités de contrôle et d’intervention restent limitées.
La Guyane cristallise donc une tension symbolique forte : celle d’un territoire présenté tour à tour comme réserve de biodiversité mondiale et comme réservoir potentiel de ressources extractives. Autoriser l’exploitation d’hydrocarbures y reviendrait à assumer une hiérarchisation entre impératifs environnementaux et besoins de développement local.
LES ANTILLES : UNE ÉQUATION ÉNERGÉTIQUE SANS PÉTROLE (?)
Aux Antilles, la situation serait sensiblement différente: les perspectives d’exploitation d’hydrocarbures sont limitées, voire inexistantes, tandis que les risques environnementaux et sociaux particulièrement élevés. La densité humaine, la dépendance au tourisme et la fragilité des écosystèmes côtiers rendent toute activité fossile politiquement et socialement explosive.
Surtout, les Antilles sont déjà engagées, bien que de manière inégale, dans des trajectoires de transition énergétique alternatives : développement du solaire, réflexion sur la géothermie, modernisation des réseaux et tentative de réduction progressive de la dépendance au fioul importé. Dans ce contexte, la remise en cause de la loi Hulot apparaît comme une régression stratégique.
Le débat antillais met également en lumière une question de justice environnementale. Après des décennies de scandales sanitaires et écologiques — au premier rang le chlordécone — l’idée d’un retour à des activités extractives renforcerait la défiance envers l’État.
UNE DIFFÉRENCIATION TERRITORIALE SOUS TENSION
La proposition de loi révèle ainsi une difficulté de l’action publique française : penser la différenciation territoriale sans rompre l’unité des principes. Autoriser des dérogations fossiles en Guyane tout en maintenant l’interdiction ailleurs créera un précédent juridique et politique délicat.
Dans les Antilles, cette différenciation serait perçue non comme une autonomie choisie, mais comme une exposition supplémentaire aux risques environnementaux, sans bénéfices économiques tangibles. À l’inverse, en Guyane, elle est défendue comme une reconnaissance des contraintes spécifiques du territoire.
À l’horizon 2026, cette divergence pourrait structurer durablement les débats politiques ultramarins. Elle pose une question centrale : la transition écologique peut-elle être modulée selon les territoires sans devenir une transition à géométrie variable, socialement et symboliquement inacceptable ? Gdc



