Le courrier publié en réaction à la tribune « PFAS dans le Maine, chlordécone en Martinique : deux pollutions, deux réponses » appelle une réponse sereine, précisément parce qu’il soulève un point légitime : celui de la rigueur de l’information. Sur ce point, l’exigence exprimée par le lecteur est pleinement partagée.
Mais rigueur ne signifie pas complaisance, et nuance ne doit pas conduire à l’effacement des déséquilibres structurels qui demeurent au cœur du dossier chlordécone.
Oui, l’État français a reconnu une responsabilité.
Cette reconnaissance, formulée par le président de la République en 2018, et non 2015, constitue un tournant politique et symbolique important après des décennies de déni institutionnel. Elle marque une étape nécessaire, mais elle ne saurait à elle seule tenir lieu de réparation effective ni de justice sanitaire aboutie.
Oui, des moyens budgétaires ont été engagés.
Les différents plans Chlordécone représentent environ 130 millions d’euros mobilisés sur plusieurs années en Martinique et en Guadeloupe. Ce chiffre mérite toutefois d’être analysé dans sa composition : il agrège des crédits de recherche, de prévention, de communication, de suivi sanitaire et d’expertise scientifique, mais très marginalement des dispositifs de réparation directe des préjudices économiques, agricoles ou professionnels subis par les populations concernées.
C’est précisément sur ce point que la comparaison avec le Maine conserve toute sa pertinence.
Dans cet État américain, la réponse publique s’est structurée prioritairement autour de la continuité économique et sociale des exploitations touchées par la pollution aux PFAS : indemnisation rapide des pertes de revenus, rachat possible des terres contaminées, accompagnement technique individualisé, mobilisation active des universités publiques au plus près des agriculteurs.
En Martinique, la stratégie demeure largement fondée sur la gestion du risque plutôt que sur la réparation du dommage.
Les tests de sols et de sang sont gratuits, l’information progresse, les recommandations alimentaires existent, mais l’essentiel de l’adaptation repose encore sur les individus.
Souligner ces limites ne revient ni à nier l’action publique, ni à affirmer que « rien n’est fait ».
Il s’agit de constater que l’action engagée reste en deçà de ce qu’exigerait une véritable justice environnementale.
Enfin, rappeler que le chlordécone a été maintenu par dérogation jusqu’en 1993 n’est ni une posture idéologique ni une polémique artificielle. C’est un fait historique documenté.
Voir le verre à moitié plein est possible, et même souhaitable. Mais encore faut-il regarder ce que contient l’autre moitié. !
Jean- Paul Blois




