En annonçant faire appel pour « défendre son honneur et son intégrité », le président de la Collectivité Territoriale de Martinique pose un acte à la fois juridique et politique. Juridique, parce que l’appel est un droit fondamental garanti à tout justiciable. Politique, parce qu’un exécutif territorial — singulièrement lorsqu’il s’inscrit dans l’héritage d’Aimé Césaire — n’est pas un justiciable ordinaire.
L’exercice d’une voie de recours ne constitue ni une fuite ni un défi lancé à l’institution judiciaire.
Dans un État de droit, une décision de première instance n’épuise pas le débat. L’appel permet un réexamen des faits, de l’intentionnalité, de l’interprétation juridique et de la proportionnalité de la sanction. Il est une garantie procédurale essentielle.
Mais l’invocation explicite de « l’honneur » déplace le centre de gravité de la discussion.
Elle introduit une dimension symbolique forte, particulièrement en Martinique, où la relation aux institutions demeure traversée par une histoire longue de tensions et d’exigence envers les responsables publics.
En choisissant de formuler son recours sous l’angle de la défense de l’honneur, Serge Letchimy inscrit son appel dans une logique qui dépasse le simple contentieux pénal. Il engage son autorité morale, son capital politique et, par ricochet, la crédibilité de l’institution qu’il préside.
Or la jurisprudence est constante : plus la fonction est élevée, plus l’exigence de vigilance est renforcée. La responsabilité d’un élu expérimenté n’est jamais appréciée comme celle d’un simple administré. La position hiérarchique, l’expérience et la capacité de décision constituent des éléments déterminants dans l’analyse des responsabilités.
Depuis la loi du 15 septembre 2017 pour la confiance dans la vie politique, les juridictions ont accentué l’individualisation des peines et le recours à l’inéligibilité en cas d’atteinte à la probité. La séquence ne se limite donc pas à une question d’image : elle peut engager la capacité à exercer un mandat électif.
L’enjeu est double. Il concerne la réputation personnelle de Serge Letchimy, figure centrale de la vie politique martiniquaise, héritier revendiqué d’une tradition fondée sur l’exigence et la dignité publique. Mais il touche également à la solidité institutionnelle de la Collectivité Territoriale de Martinique.




