L’alerte lancée par la CGTM et l’UGTM concernant la situation financière de l’Association Martiniquaise de l’Éducation Populaire (AMEP) ne peut être réduite à une simple tension budgétaire interne. Elle s’inscrit dans un contexte plus large : celui des fragilités structurelles qui affectent les Centres de Formation des Apprentis (CFA) dans les territoires d’Outre-mer.
Une crise qui dépasse l’AMEP
La dette historique de l’AMEP, les échéances croissantes et les tensions de trésorerie constituent des signaux d’alerte. Mais ces difficultés révèlent surtout un modèle économique sous pression. Depuis la réforme nationale de l’apprentissage et la transformation du financement par les Opérateurs de Compétences (OPCO), les CFA ultramarins doivent fonctionner selon des logiques de performance et de volume souvent inadaptées aux réalités locales.
En Martinique comme dans d’autres territoires ultramarins, les CFA évoluent dans un environnement marqué par la faiblesse démographique, un tissu économique limité, des coûts logistiques élevés et une forte dépendance aux financements publics. Le modèle national, fondé sur la massification de l’apprentissage, ne tient pas toujours compte de ces spécificités.
Le paradoxe des financements
Les chiffres évoqués concernant essentiellement le CFA de l’AMEP — plusieurs millions d’euros facturés aux OPCO — illustrent une réalité fréquente : des flux financiers importants peuvent transiter sans pour autant garantir une stabilité structurelle. Les charges fixes, les retards de versement, la mutualisation des coûts entre entités et les contraintes administratives pèsent lourdement sur l’équilibre réel.
Ce paradoxe nourrit l’incompréhension des personnels, notamment lorsque les rémunérations restent faibles ou que les investissements pédagogiques sont différés.
Une vulnérabilité spécifique aux Outre-mer
Les CFA ultramarins cumulent plusieurs fragilités : une moindre densité d’entreprises partenaires, des secteurs économiques peu diversifiés, des surcoûts liés à l’insularité et une exposition plus forte aux aléas économiques. À cela s’ajoute parfois une gouvernance associative complexe et un patrimoine immobilier coûteux à entretenir.
Dans ce contexte, la moindre tension de trésorerie peut rapidement se transformer en crise structurelle.
Préserver l’outil éducatif : refondation plutôt que liquidation
Face à ces défis, la disparition d’un acteur comme l’AMEP ne serait pas un simple accident de gestion, mais le symptôme d’une incapacité collective à adapter les politiques nationales aux réalités ultramarines.
Plutôt qu’une logique de liquidation ou de cession patrimoniale, une refondation s’impose : transparence financière, audit indépendant, dialogue social renforcé et redéfinition stratégique du positionnement de l’établissement dans l’écosystème éducatif martiniquais.
L’avenir de l’AMEP ne concerne pas uniquement ses salariés. Il interroge la capacité de la Martinique à préserver ses instruments d’émancipation sociale dans un contexte économique fragile. Gdc



