Dans un entretien accordé à la journaliste de CNN Christiane Amanpour, le chercheur irano‑américain Reza Aslan met en garde contre ce qu’il considère comme une illusion récurrente de la politique étrangère occidentale : croire que les bombardements étrangers peuvent provoquer la démocratisation d’un régime autoritaire.
Selon lui, l’idée que des frappes militaires puissent favoriser la chute du pouvoir iranien relève d’une « utopie » politique. L’expérience historique montre souvent l’effet inverse.
Reza Aslan explique que lorsqu’un pays est attaqué de l’extérieur, les divisions internes ont tendance à s’effacer au profit d’un réflexe nationaliste. Même des citoyens critiques envers leur gouvernement peuvent se rallier temporairement au pouvoir face à une menace étrangère.
Dans le cas de l’Iran, cette dynamique pourrait renforcer les factions les plus dures du régime plutôt que l’affaiblir.
Le chercheur rappelle que les campagnes militaires étrangères ont rarement produit une transition démocratique durable. Les exemples de l’Irak après l’intervention américaine de 2003, de la Libye après l’intervention de l’OTAN en 2011 ou encore de l’Afghanistan illustrent les limites de la stratégie du changement de régime par la force.
Pour Reza Aslan, l’une des erreurs fréquentes consiste à croire que les sociétés autoritaires attendent une intervention extérieure pour se libérer. En réalité, les transformations politiques durables naissent généralement de dynamiques internes.
En Iran, les mouvements de contestation existent déjà. Mais une intervention étrangère pourrait fragiliser ces dynamiques en renforçant la perception d’une agression extérieure.
Un conflit avec des puissances étrangères pourrait consolider les forces sécuritaires du régime, marginaliser les opposants réformateurs et légitimer un durcissement politique au nom de la défense nationale.
Ainsi, conclut Reza Aslan, la démocratisation d’un pays ne peut être imposée de l’extérieur. Elle doit émerger des sociétés elles‑mêmes, de leurs mouvements sociaux, politiques et culturels.