Le budget 2026, issu d’un compromis politique fragile, n’apporte aux Outre-mer ni rupture stratégique ni réponse structurelle aux déséquilibres persistants. Conçu avant tout pour éviter une censure parlementaire, il s’inscrit dans une logique de court terme, laissant aux territoires ultramarins la charge d’absorber ses limites dans un contexte déjà marqué par la vie chère, la faiblesse des bases fiscales et la dépendance accrue aux dotations de l’État.
L’instabilité institutionnelle qui a entouré son élaboration, marquée par la menace d’un recours répété à l’article 49.3 et par l’hypothèse d’une ordonnance budgétaire, fragilise la lisibilité des crédits et complique la programmation des politiques publiques locales. Pour les collectivités ultramarines, cette incertitude est particulièrement pénalisante, tant leurs capacités d’anticipation et d’ingénierie sont déjà contraintes.
Les concessions sociales annoncées, notamment la revalorisation de la prime d’activité, l’indexation du barème de l’impôt sur le revenu et le maintien des aides au logement, constituent des amortisseurs bienvenus pour les ménages. Elles demeurent toutefois calibrées sur des standards nationaux qui ne prennent que marginalement en compte les surcoûts structurels liés à l’insularité, aux transports et à l’énergie, limitant leur impact réel sur le pouvoir d’achat.
Les annonces en faveur de la jeunesse, de l’éducation et du logement social répondent à des besoins réels, mais restent insuffisantes au regard des tensions démographiques, du chômage des jeunes et de la crise du logement qui caractérisent nombre de territoires ultramarins. Elles ne lèvent pas les blocages fonciers, financiers et administratifs qui entravent durablement le développement local.
Sur le plan fiscal, le choix de concentrer l’effort sur les très grandes entreprises protège les ménages, mais ne traite qu’à la marge les problématiques spécifiques d’oligopoles et de concentration économique propres aux Outre-mer. Sans politiques concurrentielles adaptées, l’objectif affiché de justice fiscale risque de demeurer largement théorique.
Enfin, l’effort demandé aux collectivités locales, certes revu à la baisse, n’en reste pas moins lourd pour des territoires où l’investissement public constitue un levier économique essentiel. Toute contraction des ressources se traduit par des reports de projets et un affaiblissement des services publics de proximité.
Au total, le budget 2026 offre aux Outre-mer un répit limité, sans perspective de long terme. En l’absence d’une approche différenciée et structurelle, il reporte les tensions économiques, sociales et territoriales à venir, au risque d’accentuer durablement les inégalités entre l’Hexagone et les territoires ultramarins. JPB




