La situation française en matière d’inégalités sociales de santé est marquée par un paradoxe : malgré des indicateurs globaux de santé relativement favorables comparativement à d’autres pays européens, la France présente des écarts sociaux de santé particulièrement importants. Les cancers professionnels constituent un révélateur majeur de ces inégalités.
Les données issues de différentes études épidémiologiques et cohortes, notamment l’enquête SUMER 2003 (Surveillance médicale des expositions aux risques professionnels), montrent que l’exposition aux agents cancérogènes en milieu professionnel est fortement corrélée aux catégories socioprofessionnelles et aux secteurs d’activité. Les ouvriers et employés qualifiés ou non qualifiés sont plus fréquemment exposés que les cadres et professions intermédiaires.
Inégalités d’exposition aux cancérogènes
Les expositions professionnelles aux cancérogènes concernent principalement certains secteurs tels que le BTP, l’industrie manufacturière, l’agriculture ou encore la maintenance. Ces expositions peuvent être multiples et cumulatives au cours d’une carrière, augmentant le risque de survenue de cancers plusieurs années après la fin de l’activité professionnelle.
Les processus d’exposition cumulative constituent un facteur aggravant : un travailleur peut être exposé successivement ou simultanément à différents agents cancérogènes (amiante, solvants, pesticides, hydrocarbures, poussières de bois, etc.), ce qui renforce les inégalités face au risque.
Inégalités dans le repérage, le suivi et la réparation
La brochure souligne également les inégalités dans le repérage des expositions et la reconnaissance des cancers d’origine professionnelle. Les travailleurs les plus exposés sont souvent ceux qui disposent du moins d’informations sur leurs droits ou rencontrent le plus d’obstacles administratifs dans les démarches de reconnaissance en maladie professionnelle.
Le suivi des expositions tout au long de la carrière reste imparfait, ce qui complique l’établissement du lien entre pathologie et activité professionnelle. Cette situation contribue à une sous‑déclaration et à une sous‑indemnisation des cancers professionnels.
Prévention, formation et politiques publiques
Les inégalités concernent également la prévention et l’accès à l’information. Les actions de formation, la mise à disposition d’équipements de protection ou la substitution des produits dangereux ne sont pas toujours mises en œuvre de manière homogène selon les secteurs et la taille des entreprises.
Toutefois, la prise de conscience de ces inégalités a conduit à un renforcement des dispositifs nationaux de prévention des risques professionnels et à une meilleure intégration de la dimension sociale dans les politiques publiques de santé au travail. La brochure mentionne également le contexte européen et l’évolution des réglementations visant à réduire l’exposition aux substances cancérogènes.
Les cancers professionnels illustrent ainsi la dimension sociale du risque sanitaire. L’exposition différenciée aux cancérogènes, les inégalités d’accès à la prévention, au suivi et à la réparation contribuent à creuser les écarts de santé entre catégories sociales. La réduction de ces inégalités constitue un enjeu majeur des politiques de santé publique.
Source
Institut national du cancer (INCa), « Cancers professionnels et inégalités sociales », brochure, 2010.
Lien internet : https://www.e-cancer.fr/




