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    Home » Chroniques de la drôle de guerre.(Confinement /Déconfinement.)
    Tribunes

    Chroniques de la drôle de guerre.(Confinement /Déconfinement.)

    mai 10, 2020Aucun commentaire
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    Chroniques de la drôle de guerre.(Confinement /Déconfinement.)
    Ali Babar Kenjah : petite sémiologie du confinement.
    Confinement / Déconfinement

    Élément central de la phraséologie dominante : « Le confinement est la seule réponse que nous ayons contre le virus. » Cette affirmation est un raccourci prodigieux, forcément mensonger, qui masque l’essentiel de la situation. Le confinement ne vise ni le virus ni les malades infectés ; le confinement est un mode de régulation des                urgences !!!

    La stratégie préventive ayant échoué (et pour cause) à contenir l’épidémie, le confinement vise à gagner du temps, au prix d’une permanence endémique du virus. Plus nous sommes confinés et plus le virus s’installe. Ce temps gagné pour soulager les urgences ne pourra plus déboucher sur un retour à l’avant, à la « normale ». Le confinement ouvre l’ère de la contamination permanente

    A l’abri de la fameuse légende selon laquelle « La France possède le meilleur système de santé publique au monde » les tenants du libéralisme, ultras (Juppé 1 ,Balladur, Sarkozy, Macron) ou sociaux (Chirac, Juppé II, Hollande, Macron en même temps), n’ont eu de cesse de casser l’hôpital public, symbole de l’État-providence soumis à « réajustement structurel ». Cette politique d’alignement sur l’orthodoxie allemande a parfaitement réussi puisque, après avoir bénéficié du CICE sous Hollande, puis de la suppression de l’ISF avec Macron, le français Bernard Arnaud devenait en janvier 2020 l’homme le plus riche du monde (Forbes).

    Qu’on ne vienne pas nous dire qu’on ne pouvait pas prévoir. Gouverner c’est prévoir.

    Si je n’ai pas attendu les injonctions jupitériennes pour me protéger et me mettre à l’abri, c’est que dès l’annonce du débordement de l’épidémie en pandémie (fin janvier) s’impose clairement le constat d’un pouvoir incompétent, opportuniste, dangereux pour la population.

    Avoir laissé se dérouler le Carnaval aux Antilles, fin février, était criminel.

    Plus encore d’avoir maintenu les élections en mars. Mme Buzyn, qui risque gros sur le plan pénal, a mouillé le pouvoir au plus haut niveau en laissant fuiter qu’elle a prévenu le Président de la gravité de la situation « début janvier » et alerté le Premier Ministre sur l’impossibilité de maintenir les élections « dès la fin janvier ». Ce que le Ministre  E. Philippe a publiquement reconnu. L’alerte mondiale lancée par l’OMS date du 30 janvier.

    Dès le mois de janvier le gouvernement sait qu’il ne sera pas en mesure d’assurer la prévention simple de la contagion, c’est-à-dire de contenir l’épidémie dans la limite régionale des clusters (foyers de propagation) identifiés, ni même d’équiper la populations en matériel de prévention et de protection. Les phases 1 et 2 de la réponse publique au risque épidémiologique étaient des villages Potemkine à usage des médias, dérisoire ligne Maginot face au blitzkrieg de Covid-19.

    Une fois éventée la farce d’une capacité préventive de la France, il fallut la maquiller en art martial. La déclaration de guerre du commandant en chef appelait, entre toutes ses lignes, à une retraite en bon ordre. Incapable d’avouer la déroute qui tournait Bérézina, le pouvoir cafouilla une communication en « cavalerie », le ruissellement verbal s’évaporant du fait de la complexité logistique et de la distance réelle des choses. Ainsi le Grand Vizir passe des commandes, in fine raflées par un cow-boy plus macho et friqué.

    S’impose alors un constat effaré: le roi est nu et le confinement n’est qu’un sauve qui peut, justifié médiatiquement par le cauchemar virtuel de médecins français choisissant les survivants entre les malades (ici défile ce long travelling sur Atlanta dévasté dans Autant en emporte le vent): la menace porte sur le sacro-saint principe (incorporé en chacun-e) de l’égalité républicaine, pilier de la nation française. Mais le constat reste cruel : sortie des soins quotidiens, la France – 6eme puissance économique du monde – se révèle un pays sanitairement en voie de sous-développement.

    Le confinement prétend égaliser la responsabilité de l’épidémie. Ce faisant, la responsabilité glisse des imprévoyants premiers de cordée à ceux qui, mauvais sujets ou rebelles en puissance, « ne respectent pas le confinement. » Les quartiers de relégation, « naturellement » rétifs à l’ordre sécuritaire, sont pointés du doigt. Des vidéos font remonter que la tolérance des forces de police, face à cette situation d’exception, montre toute la sélectivité de ses pratiques « au faciès ». Les classes populaires subissent les restrictions du confinement de plein fouet. En tant que soumis à la précarité quotidienne. En tant que masse subalterne non protégée au service du confinement de la nation (des cols blancs). En tant que cumulant les tares cliniques et pathologiques de l’exclusion. En tant que subissant sans recours la panne des « services » et la hausse des prix. Dans cette épreuve les classes populaires savent qu’elles sont seules, même si elles sont avec les autres.

    Comment confiner des gens sans domicile ? Comment confiner des urbains clandestins, privés de droits et d’existence légale ? Comment confiner des camps de tentes de migrants ? Comment confiner dans l’insalubrité et la surpopulation ? Comment confiner ceux qui mendient leur pain de chaque jour. ? Comment confiner des couples en ruptures ? Des prostituées, des addicts, des malades mentaux ?                                                                                  Toutes ces populations, dont le réel (l’exclusion) devient tout à coup une menace pour le corps social, cumulent de lourdes menaces sur leur devenir. La réponse à une pandémie permanente passe soit par leur intégration normative, soit par leur élimination physique de l’espace public.

    Le confinement est la stratégie du pauvre.

    L’échec d’une res publica où la pauvreté et le low cost sont devenus la norme et où la richesse s’est confinée, résidentialisée à l’abri du risque social. Le confinement individuel sécurisée est désormais une norme statutaire valorisée. Il est la marque des 1 % dominants, diffusant leur pub où brillent les néons de l’intelligence artificielle, des manipulations génétiques et autres addictions geek. Le confinement résidentiel et culturel des élites est le modèle social émergent de référence.

    Par définition, il n’est pas donné à tout le monde. Le confinement fondamentalement différentié de la population ne peut qu’exprimer le stigmate de la domination et de l’exploitation. Il partage la société entre ceux dont l’imaginaire valorise le confinement douillet et l’intérieur cosy et ceux qui, au bout trop court de la cordée, en subissent la terrible matérialité.

    Nous avons atteint un point de non-retour. Si on considère la société d’un point de vue pré- pandémique, le confinement général est une impasse. Une voie sans issue. Envisager une fin du confinement oblige à anticiper un autre monde.

    Compte tenu des capacités insuffisantes en places de réanimation, la population est dev la seule variable d’ajustement des flux traités par les hôpitaux. La principale conséquence du confinement est de rendre permanente l’épidémie. Tout environnement social et naturel étant potentiellement contaminé, nous sommes invités à rompre nos lyannaj, à s’abstenir de toute proximité et à regagner notre bulle. Le confinement est une apnée sociale organisée.

    Plus les Français restent « cachés », plus ils restent disponibles pour le virus. Le confinement « marche » parce qu’il fait patienter la contamination. Si l’air ou l’espace public est contaminé ad vitam æternam, il n’y aura jamais de déconfinement. Tout déconfinement relancera statistiquement le nombre de victimes infectées. Donc, mécaniquement, la pression au reconfinement. C’est ce que montre le modèle chinois. Cette courbe des infections fait désormais partie des regalia, des objets sacrés du pouvoir (sacralité profanée par D. Raoult). Le déconfinement général sera « modéré ». A terme, on concédera sélectivement, exclusivement aux soumis, un « déconfinement conditionnel », dont les restrictions impératives passeront par la vaccination obligatoire et le puçage universel (la 5G sera opérationnelle dès juillet 2020).

    Il n’y aura jamais de déclaration officielle de déconfinement général. Cette « libération » verrait converger sur la technocratie libérale et ses branches sécuritaires un tel tsunami de contestation indignée que l’ordre institutionnel n’y résisterait pas. Le pouvoir évitera autant qu’il peut cette Grande Convergence. Il usera de tous les ressorts discursifs de la fibre nationaliste pour diviser les classes subalternes et les consciences vigilantes. Les troupes conservatrices et libérales, bataillons supplétifs de la Grande Muette, obtempéreront, droites dans leurs bottes. Nombreux seront les fronts résistants, nombreuses les ZAD. Il faut lire et relire L’insurrection qui vient du Comité Invisible…

    Le confinement est pain béni pour les tenants du repli nationaliste. Il vient polluer la revalorisation des circuits courts économiques et le regain d’intérêt pour les communautés locales, par l’étalage d’une hostilité grandissante des ruraux envers les urbains. Le confinement mène au renfermement. La condamnation des délocalisations, les couacs de l’UE et les blessures de l’amour-propre cocardier ravivent les thèmes de la souveraineté nationale et du contrôle des frontières. Au moment où la pandémie nous invite à « faire monde », les réponses au malheur pourraient bien nous renvoyer aux archipels confinés du repli médiéval. Le mode brutal des transactions sur le marché international des masques sanitaires laisse augurer de l’univers impitoyable que nous réservent d’ores et déjà les égoïsmes nationaux et les populismes démagogiques.

    Le confinement a, dès sa conception, été nourri de dramatisation maximale afin de créer un état de choc. Une fois politiquement installés et médiatiquement entretenus, l’hygiénisme hystérique et la sidération citoyenne deviennent endémiques.Le confinement permanent « aménagé » et les gestes barrières deviennent la norme. Il devient impossible de revenir à l’innocence de l’avant. La tension, l’angoisse et le stress le disputent aux rumeurs et aux bouffées de délire. La santé générale se dégrade, offrant au virus des corps encore plus affaiblis. Le cercle vicieux du grand retirement tient dans cette peur et cette méconnaissance progressive qui nous ont éloignés de la nature.

     

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