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    Home » De Cépérou au Leusden, la Guyane avant l’Europe : penser et réinventer ses mémoires premières
    Tribunes

    De Cépérou au Leusden, la Guyane avant l’Europe : penser et réinventer ses mémoires premières

    janvier 10, 2026Aucun commentaire
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    Patrick Chamoiseau qui séjourne actuellement en Guyane pour le projet des fouilles archéologiques à la recherche du bateau négrier "Leusden", survenu au XVIIIᵉ siècle à l’embouchure du Maroni.

    La venue de Patrick Chamoiseau en Guyane, à l’invitation de Gabriel Serville, ne s’inscrit pas dans un simple agenda culturel. Elle s’inscrit dans une profondeur mémorielle. Autour du projet international « 664 – Sauvons le Leusden ! », consacré au naufrage d’un navire négrier à l’embouchure du Maroni, c’est toute la question des fondations historiques, symboliques et relationnelles de la Guyane qui est remise en débat.

    A travers le texte qui suit : « Aéroport Cépérou », Patrick Chamoiseau parle de : Mémoire de la traite, mémoire des violences coloniales, mais aussi mémoire plus ancienne encore : celle des peuples amérindiens, de leurs mondes déjà-là, de leurs noms et de leurs visions du vivant.

    Dans ce cadre, la figure de Cépérou réapparaît non comme un détour érudit, mais comme un point d’ancrage essentiel : rappeler que la Guyane ne commence ni avec l’Europe ni avec l’esclavage, mais avec une antériorité humaine, politique et spirituelle qu’il devient urgent de réinscrire au cœur du récit collectif.

    Philippe Pied


    AÉROPORT CÉPÉROU

    par Patrich Chamoiseau

    C’est en Guyane, dans la ville de Cayenne, sur le mont Cépérou.

    Cépérou fut un chef amérindien de Guyane, probablement issu des peuples Galibi/Kalinago, présent au début du XVIIᵉ siècle, à l’instant terrifiant où l’Europe colonialiste aborde les rives de l’Amazonie.

    Cépérou régnait – ou plutôt veillait – sur la zone d’où s’élèvera plus tard la ville coloniale de Cayenne. Dès lors, lorsque les Français arrivèrent, ils ne trouvèrent pas une terre vide, mais un monde habité, pensé, rêvé, cultivé et nommé.

    Ils trouvèrent un pays.

    Contrairement aux récits borgnes de la « découverte », la rencontre entre Cépérou et les Français relève d’une complexe mise-sous-Relation : échanges obliques, alliances chaotiques, hospitalités tragiques, tensions et trahisons. Le monde entre alors sous domination capitaliste occidentale. Cépérou ne s’agenouille pas. Il se pose, il s’oppose, il propose, il compose, dans les tourbillons du possible et de l’impossible.

    Le mont Cépérou, qui surplombe aujourd’hui Cayenne, porte son nom comme on porte une cicatrice lumineuse : c’est un paysage-mémoire et c’est un étendard.

    Il dit que l’équation collective guyanaise repose sur une antériorité amérindienne puissante. Il incarne une politique du vivant où l’humanisme animiste originel se vivait d’une sorte horizontale avec toutes les présences. Il rappelle que la Guyane ne commence pas avec l’Europe, mais avec elle-même. Il nous invite à relire l’Histoire de ce Lieu non comme la frappe prolongée d’une conquête, mais comme une suite d’emmêlements inextricables, d’histoires multiples qui se rejoignent en divergeant, et qui doivent trouver comment entrer en « devenir » ensemble.

    Comment quitter la « mise-sous-Relation » pour une « mise-en-Relation » ?

    C’est un défi que tous les peuples partagent.

    Alors, voici mon rêve :

    “…que les Guyanais se débarrassent de l’administrateur colonial exemplaire qui donne son nom à leur aéroport, et qu’ils le rebaptisent avec la beauté d’une légende qui dit la fondation et le devenir relationnels de leur grand pays : Aéroport Cépérou de Guyane ! proclament les répondeurs.

    Patrick Chamoiseau

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