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    Home » Sécheresse : quand les filières agricoles se serrent les coudes face à l’urgence
    Actualité

    Sécheresse : quand les filières agricoles se serrent les coudes face à l’urgence

    août 13, 2026Aucun commentaire
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    « Face à une sécheresse hors norme, la survie de l’élevage bovin martiniquais passe aujourd’hui aussi par la solidarité entre agriculteurs. »

    Face à une sécheresse hors norme, la survie de l’élevage bovin martiniquais passe aujourd’hui aussi par la solidarité entre agriculteurs.

    Des pâturages épuisés, plusieurs centaines de bovins morts selon la CODEM, des animaux extrêmement amaigris et encore plusieurs mois à tenir avant que l’herbe puisse véritablement repousser : la sécheresse qui frappe la Martinique a placé une partie de l’élevage bovin dans une situation d’urgence. Face à cette crise, la filière banane a commencé à fournir gratuitement des tonnes de fruits aux éleveurs. Mais les deux entretiens qui suivent que publie Antilla montrent que derrière l’opération de secours se pose une question beaucoup plus large :

    comment adapter durablement l’agriculture martiniquaise aux épisodes climatiques extrêmes ?

    Depuis plusieurs mois, le manque de pluie pèse sur l’ensemble de l’agriculture martiniquaise.

    Pour l’élevage bovin, les conséquences sont désormais particulièrement visibles. Les pâturages sont fortement dégradés et les réserves alimentaires s’amenuisent. La CODEM fait état d’une mortalité très supérieure à celle enregistrée l’année précédente et décrit des animaux ayant parfois atteint un état d’amaigrissement extrême.

    Même le retour des pluies ne résoudrait pas immédiatement le problème.

    Selon André Prosper, président de la CODEM, il faudra environ trois mois pour permettre aux pâturages les plus touchés de se reconstituer suffisamment. Les conséquences sur les animaux pourraient, elles, durer beaucoup plus longtemps, notamment sur leur croissance et leur reproduction.

    Face à cette urgence, une coopération s’est mise en place avec la filière banane.

    Après de premières livraisons représentant plusieurs tonnes de fruits, Banamart envisage de mobiliser des volumes beaucoup plus importants d’écarts de tri, ces bananes qui ne peuvent pas être commercialisées mais restent parfaitement utilisables pour l’alimentation animale.

    Pour Jean-Claude Marraud des Grottes, président de Banamart, cette opération est d’abord une réponse immédiate à la détresse des éleveurs. Mais elle porte aussi un message :

    les différentes filières agricoles martiniquaises ne doivent pas être systématiquement opposées.

    Banane, canne, élevage, maraîchage ou diversification subissent le même climat, travaillent le même foncier et sont confrontés à une partie des mêmes difficultés.

    La solidarité engagée avec la CODEM devient ainsi, à ses yeux, la démonstration concrète de ce que pourraient produire des filières davantage habituées à coopérer.

    Le témoignage d’André Prosper apporte une autre dimension au dossier.

    Pour le président de la CODEM,

    « cette sécheresse est certes exceptionnelle, mais ses conséquences sont aggravées par des fragilités beaucoup plus anciennes et les politiques sont totalement absents. »

    Il cite notamment la question de l’accès à l’eau pour l’agriculture, la mobilisation de terres aujourd’hui inutilisées, l’insuffisance des réserves fourragères et la faible valorisation de nombreux sous-produits agricoles.

    Bagasse de canne, écarts de tri de bananes, pulpes issues de la transformation des fruits ou autres matières végétales pourraient, selon lui, entrer dans la fabrication locale d’aliments destinés aux animaux.

    Il défend également une meilleure utilisation du foncier disponible, non seulement pour l’élevage mais aussi pour le vivrier et le maraîchage.

    Son raisonnement rejoint sur ce point celui de Jean-Claude Marraud des Grottes : produire davantage ne suffit pas. Encore faut-il organiser la production, programmer les cultures, assurer les débouchés et construire des filières capables de fonctionner collectivement.

    La crise actuelle pose donc deux questions :

    • La première est immédiate : comment permettre aux éleveurs de nourrir leurs animaux pendant les prochaines semaines ?
    • La seconde engage l’avenir : comment éviter que la prochaine sécheresse ne provoque exactement les mêmes conséquences ?

    À travers les deux entretiens que nous publions, Antilla a choisi de donner la parole aux responsables de deux filières directement engagées dans cette opération.

    Jean-Claude Marraud des Grottes explique pourquoi les producteurs de bananes ont décidé de venir au secours des éleveurs et pourquoi cette solidarité doit, selon lui, dépasser l’urgence actuelle.

    André Prosper décrit la situation des troupeaux, les conséquences économiques et zootechniques qui se prolongeront bien au-delà du retour des pluies et les solutions structurelles qu’il appelle à mettre en œuvre.

    Deux regards différents sur une même crise, et une même conviction : face aux bouleversements climatiques, aucune filière agricole martiniquaise ne pourra durablement s’en sortir seule.

    Philippe Pied

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